Terror Bird

The Feelies

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The Feelies "The Feelies Crazy Rythms"

Il y a déjà 30 ans, en 1980, sortait « Crazy Rythms », un 1er coup d’essai exceptionnel !

Avant tout, mille excuses pour cette longue absence, mais j’ai suivi une sorte de cure de repos pour sportif de haut de niveau sur la « French Riviera » pendant six mois, pour essayer de décrocher un peu. Là-bas, j’ai eu le temps d’écouter pousser les arbres et, de discuter avec des cyclistes en désintox et des rockeurs anglais laissant reposer leurs veines. Donc bonne ambiance dans ce repère de filous donnant pile sur la « belle bleue ». A force de déjouer la surveillance du personnel médical de ce très sérieux établissement de repos, avec un ancien porteur du maillot jaune, un ancien footballeur fêtard comme pas deux, on a créé un petit groupe et on s’est appelé les « Feelouzes ». Bien sûr, c’est un hommage aux FEELIES. Et c’est là où je voulais en venir avant de m’interrompre par des explications sur mon absence… Enfin en tout cas, nous les Feelouzes, on pouvait tout faire rentrer, on était les rois du marché noir : alcool, charcuterie, presse sportive, weed, pots belges !

Alors donc, tous les matins, après le grand petit-déjeuner sur la terrasse à l’ombre des cèdres du Liban centenaires du grand parc et la distribution de weed, je remontais fissa dans ma suite pour me poser sur le trône pendant un bon moment. Une grande demi-heure de vraie solitude, de calme et de lecture. Avec un peu de weed, ce matin là je tombe sur cette phrase de Michka, le frère de l’autre : « L’écoute de Crazy Rythms s’apparente à la contemplation d’un tourbillon fascinant où se rejoignent le rock’n’roll le plus sobre et l’invention poétique absolue revendiquée par l’avant-garde musicale ». Hein ? Comment ?! C’est bien Michka pour mettre dans un dico, mais comment il parle des FEELIES ? Un groupe qui a enregistré seulement 4 albums entre 1976 et 1991, en refusant toujours l’industrie musicale, en jouant très peu sur scène et en se dispersant en permanence dans d’autres projets plus obscurs les uns que les autres ?

Quand on a entendu une fois cette fameuse intro toute en percussions dont le son monte lentement sur 50 secondes, un morceau en notes tendues de guitares, sec, nerveux toujours pleins de rebondissements (« The boy with the perpetual nervousness ») on se dit que même si Michka, le frère de l’autre, le dit mal, les FEELIES c’étaient quand même incroyable comme groupe.

Et les cavalcades de guitares (et cette putain de cloche) sur la reprise des Beatles d’un « Everybody’s got something to hide (except me and my monkey) » métamorphosé. Et ce silence qui suit pendant près de 30 secondes avant que l’on distingue la moindre note de « Moscow Nights » forcément très inquiétant. Les solos de guitares de Bill MILLION et Glenn MERCER interminables et imprévisibles mais toujours d’une simplicité presque « dronesque » (en Ukrainien, cela se dit « donetsk » comme le fameux club de foot ukrainien vainqueur de la C3 en 2009) ! Des morceaux qui prennent une autre direction au bout d’une minute cinquante pour exploser en braillements et superpositions de guitares puis s’arrêter net, le tout en 3 minutes chrono ! (« Raised Eyebrows »).

Bref un album de génies, enregistré en 4 semaines, comme on savait le faire à l’époque. Car ce que ne dit pas Michka, le frère de l’autre, c’est que cet album a failli ne pas s’enregistrer ! En effet quand on écoute les guitares, on se demande d’où vient ce son particulier si sec, si rêche ? Et bé c’est tout con en fait. Glenn MERCER l’a raconté en 1996 dans une interview. Il arrange un peu la vérité que l’on connait bien maintenant (voir la preuve en image ci dessous) et raconte qu’ils sont arrivés en studio après avoir fait une ou deux maquettes et que l’ingénieur du son leur a proposé d’enregistrer rapidement sans amplis, toutes les guitares en direct, on verrait après pour le son… Ils ont accepté car ils savaient exactement vers quoi ils iraient. Même si MERCER le regrette, il pense que l’album n’aurait pas sonné forcément très différemment avec leurs amplis et il apprécie finalement le son de l’album tout en affirmant qu’il ne faut absolument jamais enregistrer comme ça !

Alors sans plus attendre écoutons :

Une démo de la fameuse entrée de l’album : « The Boy With The Perpetual Nervousness » (demo version)

On distingue très bien toutes les percussions que va ajouter à la batterie d’une hypnotisante métronomie d’Anton Fier, Dave Weckerman. Il fera de même sur l’enregistrement définitif et sans être crédité sur l’album...

L’ intro en faux démarrages incessants de « Loveless Love », extrait de « Crazy Rythms »

Trente secondes de silence et puis une intro qui s’étire lentement sur 1’50 sur un morceau martial au possible de 7 minutes : « Forces at Work », extrait de « Crazy Rythms »

Après un concert dévastateur à Berlin, Galaxie 500 a rendez-vous avec l'Histoire : une Galaxie 500 « russe » passe le Mur de Berlin le 9/11/1989 à Checkpoint « Charlie » Watts.

Le 4 juillet 1979, à Hoboken, c’est le matin et c’est la Fête Nationale dans les rues. C’est le moment où les Feelies partent au studio pour enregistrer leur album « bleu » ! Trop de monde dans les rues, la voiture est trop petite, jamais dans la journée ils ne feront de deuxième voyage pour aller chercher les amplis guitares… C’est pas grave, ils enregistrent quand même leur meilleur album ! C’est un choc musical à l’époque. Sur la photo on comprend bien que les Feelies, qui avaient dans le coffre Dave Weckerman et ses multiples percussions, ne pouvaient pas prendre les amplis dans le même voyage ! « Un coup du sort » comme a dit Domenech après France-Mexique ! On distingue bien le petit Ira Kaplan et la jeune Georgia Hubley à gauche qui étaient là par hasard au moment de la photo, ils sont d’Hoboken aussi et la parenté musicale n’est vraiment pas fortuite.
Photo : Maurane Tucker

Le contexte de l’époque (fin du Punk, début de la new et no-wave) fait des FEELIES un des groupes underground les plus atypiques et appréciés de la scène New-Yorkaise dès 79 : ils jouent régulièrement au CBGB, Max’s Kansas City. Leurs influences assumées sont les Stooges, les Beatles, Jonathan Richman, Bowie avec Brian Eno (l’oncle d’Amérique de Bernard, le quintuple vainqueur du Tour de France) et le Velvet Underground forcément. Ils côtoyaient régulièrement Television, les Talking Heads, Patti Smith (si !). Les FEELIES ont des gueules d’étudiants boutonneux avec les lunettes de Bill MILLION bien en évidence et une vision bien précise de leur musique avant d’entrer en studio pour leur 1er album !

L’album rencontre un succès critique international immédiat ! Les maisons de disques font les yeux doux au groupe. Mais il faudra attendre 6 longues années avant d’entendre le deuxième album des FEELIES, « The Good Earth » produit avec Peter Buck de R.E.M., grand fan devant l’Eternel (et derrière aussi…) de « Crazy Rythms ». Les FEELIES ne feront que 4 albums, refuseront toujours les propositions des « major » et les tournées interminables : ils avaient l’habitude dès leurs débuts de ne jouer que six à sept fois par an et en plus souvent l’été pendant les vacances. Forcément, avec une telle attitude, leur label ne défendra pas énormément le groupe et les ventes ne suivent pas.

Le groupe « disparaît » donc alors que l’album est salué partout.

Après l’enregistrement de l’album, au lieu de le défendre, ils jouent sous le nom des Willies et se lient d’amitié avec Jonathan Demme. Il débute et leur propose une idée loufoque de film de concert avec des Zombies dans une petite ville américaine (chez eux à Hoboken) qui envahissent la salle de leur concert et qui en ressortent rajeunis et vivants ???!!! C’est véridique ! Malheureusement, Jonatham Demme se lance dans un autre cinéma, moins « Zombies Zombies » et plus classique. Le projet ne verra jamais le jour. Deux ans avant le clip de « Thriller »…

En 1988, ils ont accepté de se « compromettre » en première partie d’une petite tournée de Lou Reed aux USA après la sortie du troisième LP, « Only Life ». Ils enregistreront finalement « Time For A Witness » en 1991, l’album le moins ambitieux pour se séparer pendant l’été alors que Nirvana explose. Depuis quelques années, les FEELIES ré-apparaissent de temps en temps sur des scènes New-Yorkaises ou dans leur New Jersey natal. Un bon petit album de Glenn Mercer est sorti en 2007 et depuis il se lit régulièrement que les FEELIES pourraient bien sortir un cinquième album en plus trente ans… Un « crazy rythm » si j’ose dire en anglais !

Mais pourquoi si peu d’albums ? En premier lieu, il y a les problèmes familiaux et de santé de Bill Million. En pleine période libérale aux USA dans les 80’s, avoir une couverture sociale dépendait de l’emploi occupé. Et autant vous dire que Ronald Reagan n’a pas créé un statut d’intermittents du spectacle US ! Bill Million partira travailler et vivre en Floride. Et il était inconcevable de voir les FEELIES sans la gueule de Bill Million ! Mais pour jouer quand même, c’est là le truc des FEELIES, les sept membres principaux se retrouvent très régulièrement dans pas moins de 11 formations différentes. Et pour s’y retrouver, ce n’est pas très simple. Pour faire court mais concis, on va dire que le « projet » FEELIES tourne autour de Glenn MERCER, Dave WECKERMAN et Bill MILLION qui s’étaient connus en jouant dès 1973 dans différentes formations et se sont retrouvés au sein des Outkids avant d’exister dès 1976 sous le nom des FEELIES. S’ajouterons des batteurs comme Vinnie De Nunzio ou Anton Fier au début avant que Stanley DEMESKI ne devienne le batteur et que Brenda SAUTER prenne définitivement la basse bien avant l’écriture de « The Good Earth ». Les projets parallèles permettent aux groupes de jouer et d’enregistrer des morceaux sous d’autres noms et surtout sans aucune contrainte de leur maison de disque du moment.

D’ailleurs les projets musicaux sont très proches ; The TRYPES qui sortent en 1984 un E.P. où figure la première version de « The Undertow » qui sera ré-enregistrée deux ans plus tard sur « The Good Earth » ; voir même identiques avec The WILLIES, projet des FEELIES pour échapper au succès de « Crazy Rythms », faire quelques prestations scéniques New-Yorkaises dans des galeries d’art ou apparaître dans des films de l’époque dans la B.O. et en images : en 1982 dans « The Smithreens » de Susan SEIDELMAN et aux côté de Richard HELL, en 1986 dans « Something Wild » un des bons films de Jonatham DEMME où on les voit jouer en groupe lors de la scène de la fête des anciens élèves d’un lycée !).

Les WILLIES dans « Something Wild » en 1986 : ils reprennent « FAME » de David Bowie suivi de « Loveless Love »

Jonatham DEMME tournera finalement, sans Zombies, un clip d’un extrait de leur 3ème album (« Away ») et utilisera régulièrement dans ses films la musique des FEELIES, comme en témoigne son remake de « The truth about Charlie » en 2002 avec son final parfait sur « Slow Down » extrait de « The Good Earth ».

On peut citer aussi la présence de Stanley DEMESKI aux débuts de LUNA qui croisera Sterling MORRISON et Tom VERLAINE, ou les projets fertiles de Brenda SAUTER (4 albums très agréables avec SPEED THE PLOUGH de 84 à 95, 2 albums avec son dernier projet WILD CARNATION). Ou le groupe de Dave WECKERMAN, Wake Ooloo, projet plus rock aux guitares parfois un peu lourdes. J’aime moins.

Du coup pour s’y repérer, j’ai fait un petit dessin : une erreur s’est glissée dans ce schéma, seras-tu la retrouver ?
THE OUTKIDS -> THE FEELIES -> THE WILLIES -> THE TRYPES -> THE YUNG WU -> THE SUNBURST Agrandir

En écoute des reprises dilettantes enregistrées par les TRYPES et les YUNG WU :

THE YUNG WU – Child of the moon

La dernière version des FEELIES proche de SPEED THE PLOUGH :

Alors c’est quoi la morale de l’histoire ? Le rock c’est simple : Tu arrives au studio, pas d’amplis guitare !!! « et ils ont fait comment le Velvet pour leur album canapé ? » Et bé tu enregistres un album de génie à cause d’un coffre de bagnole trop petit ! Le reste c’est du blah-blah.

Actualité des FEELIES : aucune comme d’habitude depuis 30 ans ! A réécouter de suite donc ! Et une pensée pour Weezer et leur album « bleu ».

Lou Weed, “Tout en percussion et plus Weed que jamais !

“THE FEELIES (1976-1991)”

« The Outkids : 1976 » _Glenn Mercer (guitar)
_Bill Million (bass)
_Dave Weckerman (drums)
_Richard Reilly

« The Feelies : 1976-1991 » 1976 : _Glenn Mercer (guitar)
_Bill Million (guitar)
_John J. (bass)
_Keith DeNunzio aka Keith Clayton (bass)
_Vinny DeNunzio (drums)
_Dave Weckerman (percussions)

1978 – 1980 : CRAZY RYTHM (1980) : _Glenn Mercer (guitar)
_Bill Million (guitar)
_Keith DeNunzio aka Keith Clayton (bass)
_Anton Fier (drums)
_Dave Weckerman (percussions) (pas crédité sur l’album)

1981 : interruption des Feelies et début des « side projects »

1985 – 1991 : THE GOOD EARTH (1986) – ONLY LIFE (1988) – TIME FOR A WITNESS (1991) _Glenn Mercer (guitar)
_Bill Million (guitar)
_Stanley Demeski (drums)
_Brenda Sauter (bass)
_Dave Weckerman (percussions)

« The Willies » (81- 86 - pas d’enregistrement discographique connu)
_Glenn Mercer (guitar)
_Bill Million (bass)
_Dave Weckerman (drums - vocals)

Mais les Feelies jouent sous le nom des Willies dans « Something Wild » (1986) film de Jonathan Demme : http://www.youtube.com/watch ?v=i_9Vlh1OtB8

Fin de “Crazy Rythms” (CRAZY RYTHMS) suivi de “Fame” (David Bowie – funky cover) suivi du début de “Loveless Song” (CRAZY RYTHMS) _Glenn Mercer (guitar)
_Bill Million (guitar)
_Stanley Demeski (drums)
_Brenda Sauter (bass)
_Dave Weckerman (percussions - vocals)

« The Trypes » (The Explorers Hold – 4 songs E.P. – 1984) :
1.(From the) Morning Glories 2.Love You To (Harrison) 3.Music for Neighbors 4.The Undertow (qui dans une nouvelle version sera sur ONLY LIFE - The Feelies – 1988)
(Luxury Condos Coming To Your Neighborhood Soon - compilation de 1985 où figure Yo La Tengo)

17. A Plan Revised
_Glenn Mercer (guitar - vocals)
_Bill Million (percussions)
_Stanley Demeski (drums)
_Brenda Sauter (bass - vocals)
+ John Baumgartner (keyboards) + Marc Fancia (guitar - vocals) + Toni Paruta (vocals – woodwind)

« The Yung Wu » (Shore Leave – Lp – 1987)
1.Shore Leave 2.The empty pool 3.Aspiration 4.Spinning 5.Big day (B.Eno/P.Manzanera) 6.Eternal ice 7.Strange little man 8.Return to Zion 9.Child of the moon (M.Jagger/K.Richard) 10.Powderfinger (N.Young) 11.Modern farmer
_Glenn Mercer (guitar)
_Bill Million (guitar)
_Stanley Demeski (drums)
_Brenda Sauter (bass)
_Dave Weckerman (vocals)
+ John Baumgartner (keyboards)

« The Sunburst » (Démos autour de 1998) Here and gone – Lucky You – Madeleine – (love is) The Best Revenge - Swerve
_Glenn Mercer
_Stanley Demeski
_Dave Weckerman
+ John Baumgartner + Marc Fancia + Toni Paruta


vendredi 10 septembre 2010 Posté par Lou Weed Commenter » The Feelies


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