ROCKITTOTHEMOON présente

9 juin 2011


Primavera Sound 2011

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Primavera Sound 2011 "Episode1 : 26/05/11"

SAN MIGUEL PRIMAVERA SOUND 2011 - BCN

Comment diable réagit un organisme quadragénaire plongé trois jours durant dans un bain de rockitude indé San Miguelisée ? C’est la question que je me posais, avec un soupçon d’appréhension, avant d’enquiller l’autoroute - limitée à 80 -, de Barcelone, en ce jeudi 26 mai. Une fois la question éludée, je mettrai ce morne trajet à profit pour enseigner l’art de la guerre dans le blind test à trois - plus ou moins jeunes – Padawans. Plutôt mauvais perdants, d’ailleurs.

Voilà des années que j’opposais aux sirènes du San Miguel Primavera Sound une surdité têtue. Et de plus en plus pénible. A défaut de me restituer toutes mes facultés auditives, la programmation vertigineuse de cette édition 2011 aura tout de même eu raison de mes renoncements répétés. Balayés, les « C’est trop loin, c’est trop cher, y’a trop de gens, ‘chuis trop vieux, gna gna gna .. ». Hey, ho, let’s go. Nous voici donc au milieu des buildings pimpants de Poble Noù, gravissant, le cœur léger, la pente douce qui mène au Parc Del Forum. Vu les kilomètres de barrières en zigzag censés contenir les files d’attente aux guichets, on se félicite d’être venus récupérer nos pass en milieu d’après midi.
Et on s’en félicite à nouveau à 19h, lorsqu’on revient franchir les différents sas d’accès au site. Ce n’est pas pour autant que l’attente nous sera épargnée au cours des trois soirées à venir. Première illustration d’emblée avec Sufjan Stevens dont on aurait bien aimé sentir l’Illinoise, l’âge d’Agdz et le reste, mais ça semble compromis ; comme on ne s’est pas inscrit en ligne pour le tirage au sort - qui ne nous aurait d’ailleurs pas forcément assuré un siège à l’Auditori -, il faut faire la queue, sans guère plus de garantie de succès. Deux d’entre nous s’y risquent. Et ça paiera au bout de 50mn, tant mieux pour eux, les bâtards.

« Jamais ne te cache » (Raymond Ban)

Avec le reste de la troupe, on se dit qu’on n’est pas là pour poireauter comme des ânes ; on file donc voir la fin de Moon Duo sur la scène Ray-Ban.
Petite parenthèse « tendance/accessoires » : les deux tiers des gens croisés en ce début de soirée encore très ensoleillée (mais ça se confirmera tout au long des trois jours) arborent crânement leur paire. De Ray-Ban, je veux dire. Et pour la moitié d’entre eux, c’est évidemment le modèle Wayfarer dans ses innombrables déclinaisons. Suggestion aux organisateurs pour 2012 : penser à inviter le Bob Dylan circa 1965 ; ça fera hyper raccord, pour le sponsor.
Moon Duo, donc, duo/couple sorti des rangs de Wooden Shjips. Elle : héritière semi nipponne de Martin Rev, balançant nonchalamment sa chevelure corbeau de gauche à droite et vice versa au dessus de ses claviers ; lui : héritier hirsute de Charles Manson, jolie barbe druidique striée poivre/sel, Wayfarer de rigueur et guitare AirLine Res-O-Glas blanche (la même que PJ Harvey le surlendemain !) d’où surgissent des sons qui font penser à la drogue dans l’espace et à la nuit dans les catacombes, en alternance, et parfois simultanément.
Belle mise en bouche psyché synthé minimaliste droguée qui aurait mérité de jouer un peu plus tard pour dégager tout son arôme. En un sens, c’est là une entrée en matière festivalière assez proche de ce qu’en sera l’issue, une soixantaine d’heures plus tard avec les Black Angels. Pour ce qui nous concerne, du moins, mais on y reviendra.

Pour l’instant, il fait soif. Pas trace de ces légendaires « ticketos » buvables qui auront apparemment pourri la vie des festivaliers lors des éditions passées. En lieu et place, la version informatisée du cauchemar, soit une tarjeta chargeable, décharcheable et rechargeable à volonté. Ça, c’est dans les rêves les plus fous des organisateurs.
Dans la vraie vie, on fait la queue trois quarts d’heure pour créditer la carte, puis trois autres quarts d’heure pour arriver jusqu’aux serveurs débordés qui sont désolés, hombre, mais ça marche pas, la maquina no functiona, lo siento.
Le système sera bien évidemment abandonné dès le lendemain suite à ce fiasco massif, au profit d’un procédé complètement révolutionnaire : tu fais (moins) la queue, tu commandes, tu paies avec de l’argent et tu repars avec ta San Miguel. Génie.
Entre temps, il aura bien sûr fallu refaire la queue pour se faire rembourser le crédit restant sur la carte. Hé bé oui.

« We’re the only friends you have in the entire music industry, because we don’t want their fucking money ! » (John Lydon / P.I.L)

Après cette passionnante aventure, on parvient à attraper la fin de Ducktails. Du moins, la fin d’une chanson qui s’appelle "Thank you Barcelona, we love you, good night", et que de nombreux groupes joueront aussi ce soir là. Ducktails sont jeunes avec plein de guitares et de cheveux, ça devait être pas mal.

On trace doucement vers la scène Llevant, à 10 km de là, pour les immarcescibles Public Image Limited. Moins immarcescibles que casse couilles, en fait.
Lydon serait bien inspiré de retourner faire son Patrick Sebastien à la TV de sa majesté après avoir ramassé le pactole de son great rock’n roll swindle 2.0. Bon, j’exagère sans doute un poil, mais franchement, on s’ennuie. L’idée de remplacer la guitare par un saz électrique sur « (This Is) Not A Love Song », c’est sympa, mais si on avait voulu voir Emir Kusturica, ou Marcel et son Orchestre, on serait allés à Skabazac, ça nous aurait coûté moins cher, tu vois, Johnny ? Quoi, c’est mort, Skabazac ? Ah merde…
Cette cloche de Rotten s’autorise quand même une remarque tout à fait pertinente et top crédible sur l’industrie de la musique qu’elle est méchante. Guignol, va.

La nuit tombe sur la Ville des Prodiges, on décide qu’il est temps de migrer vers un autre papy punk, version Antipodes cette fois, en espérant que l’âge de tous les vénérables capitaines présents cette année ne rende pas chacune de leurs prestations aussi fade et inutile que celle à laquelle on vient d’assister.

On s’arrête en chemin parce qu’il fait soif et aussi parce que Connan et ses Mockasin s’apprêtent à entonner le tubesque "thank you, good night".
Le jeune blondinet - des Antipodes lui aussi - est entouré de deux geishas façon Sparks, ça sonne heighties à souhait, c’est bien fichu et mignon comme tout ; On regrette juste de n’avoir pas zappé plus tôt Pubis Infect Lessivé.

Je viens à peine de commencer ma collec’ de regrets et de frustrations Primaveriennes. Non. En réalité, elle a commencé bien plus tôt, quand il a fallu se résoudre à surligner tel nom plutôt que tel autre dans la liste pléthorique des artistes invités pour ce triple ou quadruple festival. Tiens, un exemple : il est 23h. On va où ? The Walkmen ? Glenn Branca Ensemble ? La fin de Blank Dogs ? Comment accède t-on aux capsules de dédoublement ? Le pass donne t-il droit au don d’ubiquité ? Un petit coup d’œil à la liste imprimée avec noms surlignés au stabilo fluo me rappelle que la priorité du moment s ‘appelle Grinderman. Le mieux est encore de faire fi des regrets et frustrations pour se laisser gagner par la joie. Il me semble que c’est à ce moment là qu’on commence à pisser un peu partout, tellement on est contents d’être là.

Raspoutine

On file donc vers la trop gigantesque scène San Miguel pour voir papy Nick Cave et ses copains barbus faire le rock. Notre unique « rencontre » remonte à 1996, dans une prairie belfortaine détrempée. C’était avec les Bad Seeds, il y avait eu une spectaculaire coupure de courant, et puis PJ Harvey était venue se frotter au grand singe pour leur love duet du moment, avec échange de salive conforme au clip MTV. Depuis, old Nick a troqué ses mauvaises graines et sa chieuse du Dorset (Hey, Pidjay, rdv après demain !) pour un trio hyper compact’n roll. Objectif à peine masqué : se faire mieux tripoter par les groupies des premiers rangs. Il refait le rock, Nick, comme quand il ne savait pas encore jouer du piano et qu’il n’avait pas lu tous les livres qui font peur. Flanqué d’un impressionnant Raspoutine électrique en la personne de Warren Ellis, l’Australien livre un set sauvage, tendu, euphorisant, et ça nous booste comme une bonne vodka Raide Boule.

Idéal juste avant d’aller nous faire secouer par les Laurel & Hardy de l’underground New Yorkais, (selon l’expression de mon camarade Fabio V., amateur éclairé).
Pourtant, la crainte demeure, concernant les très incertains Suicide ; celle de voir le show réduit à sa plus primitive expression : un quart d’heure de bruit extrême, d’insultes et de crachats bilatéraux, comme au Rockstore de Montpellier en 1990. Ce ne sera pas le cas cette fois-ci, mais le duo de freaks septuagénaires ne semble pas pour autant assagi, décidé à délivrer sa leçon de punkitude abrupte et mal aisée à un public hémorragique. Martin Rev joue des poings sur les claviers, Alan Vega ressemble désormais, physiquement et vocalement, à une très vieille femme, arborant un sourire inquiétant et inamovible sous son bonnet de laine et ses Ray-Ban. Le son est hyper abrasif, les "hits" du first LP sont exécutés dans des versions méconnaissables, et si la démarche et l’attitude forcent le respect, il faut admettre que sur la longueur, la sidération laisse peu de place au plaisir.

http://scannerfm.com/sanmiguelprimaverasound/en-directo/primavera-sound/podcast/2011/05/28/suicide-live/

Entre temps, on a retrouvé nos tourtereaux Sufjanstevensophiles que j’accompagne vers Caribou, histoire de me décontracter les tympans. On y arrive pour la fin de Found Out, c’est blindé, on voit rien et c’est l’avant dernier morceau.
Il est donc temps d’aller faire connaissance avec le gazon synthétique, les cubes luminescents et les poufs en skaï jaune de l’espace chill out, près de la scène San Miguel, en attendant les Flaming Lips.

Des Flaming Lips pyrotechniques, avec ballons géants multicolores, space bubble de rigueur, tempête de confettis, déluge stroboscopique, grappes de pom pom girls gigotant de chaque côté de la scène, et sur les écrans, la face extasiée de Wayne Coyne avalée par le fish eye d’une caméra fixée tout près de son mic. L’outrance du show contamine évidemment la musique, improbable démonstration de punk-prog frisant malicieusement l’oxymore. Rien de neuf sans doute pour qui les aura déjà vus et revus ici ou ailleurs, mais c’était mon baptême et j’ai gobé l’hostie avec gourmandise.

Et après ? Après, dodo, sans passer par les cases El Guincho ou Suuns qui jouaient beaucoup trop tard ou trop loin pour nos taux d’humidité et de cholestérol bien au dessus des normales saisonnières. Pour la fin de soirée, demandez donc aux minots.


jeudi 9 juin 2011 Posté par Manu Commenter » Primavera Sound 2011




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