This Is Not A Love Song 2014 "Day 1"

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Jour 1 : Temples / Man Or Astro-man ? / Lee Ranaldo & The Dust / Slowdive / Brian Johnston Massacre / Suuns / Moodoïd / Jon Spencer.

En venant de Montpellier par l’autoroute, les plus observateurs auront remarqué, à hauteur de St Aunès, ce hangar de ZAC dont l’enseigne clame fièrement « L’alu, naturellement ». On a bien envie de prendre ça pour un signe ; la promesse d’hallucinations auditives et visuelles qu’on espère nombreuses pendant ces deux jours de dinguerie musicale à venir (déjà pointe l’intuition qu’on n’ira pas jusqu’au bout, et que le troisième jour sera « off »).

Deuxième édition, donc, pour le désormais incontournable festival Nîmois dont on a largement pu mesurer (et saluer) les nets progrès en termes d’organisation : trois jours au lieu de quatre, pour une programmation plus dense encore que l’an dernier, et tout aussi excitante ; une scène supplémentaire, en extérieur, donc une circulation plus fluide ; et pour ceux qui aiment ça, des tas d’animations périphériques, de la fake radio portnawak à l’atelier « confectionne-toi-même-ta-couronne-de-fleurs-comme-celle-de-ta-mamie-à-Woodstock » en passant par le tableau d’expression libre oulipienne et les salutaires transats pour ceux qui n’ont plus l’âge des couronnes de fleurs. Quand on appartient à cette dernière catégorie, l’un des inestimables bonheurs associés à ce type d’événement reste le plaisir de croiser des vieilles ganaches, parfois perdues de vue, de tailler le bout de gras quand l’attention se relâche et d’échanger des propos (acerbes, le plus souvent) en s’hydratant entre chaque « live act ». Dans ces moments là, la mauvaise foi est une valeur sûre, et le sarcasme, un viatique. Pardon si le compte rendu qui suit vous semble un peu trop émaillé de l’une ou de l’autre. On a beau tenter de s’en préserver, ces choses là infusent…

Pas de chance : le premier concert vu jeudi en fin d’après-midi sur la scène outdoor est typiquement de nature à réveiller le vieux grincheux façon Muppet Show qui sommeille en vous. Enfin, je veux dire en moi. Pourtant, Temples, sur disque, c’est frais, habile dans l’art du recyclage, bien foutu, avec des mélodies catchy (un poil trop, parfois) ; ça marche dans les traces de T-Rex, des Beatles et des Byrds autant que dans celles des champions néo-psyché Tame Impala. Evidemment, ça fait beaucoup de traces à suivre, on finit donc par s’y perdre avec eux. La tentation de ranger ces gamins dans la catégorie « faiseurs/poseurs » est accentuée par leur morgue toute britonne. Le public ne daigne pas manifester un enthousiasme digne de son génie ? Voilà le jeune leader (clone de Marc Bolan) ronchonnant dans la barbe qu’il n’a pas.

On se quitte sur leur irrésistible single Shelter Song, son riff Harrissonien à la 12 cordes et sa diabolique rythmique Tamla Motown, avec tout de même un sentiment mitigé : Celui d’une sympathique entrée en matière qui nous aura à peine distrait de l’attente fiévreuse suscitée par quelques autres noms à l’affiche ce soir là. Mais il est encore tôt, reconnaissons-le.

Pour l’heure, le cheptel festivalier est séparé en deux troupeaux : les bracelets dirigés vers Paloma, les sans bracelet vers la sortie. Saluons au passage la chouette initiative consistant à proposer chaque après-midi trois concerts gratuits.

Dedans, ça chauffe. Ça surchauffe, même avec Man Or Astro-man ?, formation US culte chez les fans de punk-surf-garage, de comics et de séries Z, et dont la présence dans un festival plutôt indie aurait pu constituer une petite anomalie. Mais ça prend bien, et le public se montre très réceptif à ce déluge sonique asséné avec la fougue et l’humour qui sied au genre. Ici aussi, on jongle allègrement avec les codes, les clichés et les références, mais sans se prendre au sérieux. Consciencieux, le guitariste chanteur à la dégaine de prof de fac dans un film « Sundance » (ils étaient nombreux cette année parmi les musiciens, d’autres que moi l’auront noté) s’échine à réaccorder sa guitare entre chaque morceau. Tiens, mais pourquoi ? On s’étonne un instant que le Secret Place montpelliérain ait enfin réussi à pousser aussi loin ses murs et son plafond, et puis on s’éclipse quand les oreilles commencent à saigner, sans avoir trop saisi la dimension « spatiale » de ce rock sans concession qu’on ne goûte qu’avec une gourmandise mesurée.

Dehors, Lee Ranaldo & The Dust entament une série de berceuses mid-tempo et noisy pour soleil couchant. De nombreux fans de Sonic Youth (pour la reformation – hypothèse pas si incongrue, semblerait-il -, penser à changer de nom) sont venus faire le plein d’arpèges dissonants et de feedback. Le guitariste à la crinière argentée ne semble pas avoir renoncé à en saupoudrer son indie adult-rock classieux, et c’est tant mieux. Pas besoin d’être un fan hardcore du groupe New-Yorkais, ni d’avoir écouté en boucle les albums solos de Ranaldo (qui l’a fait, d’ailleurs ?) pour apprécier la décontraction du bonhomme et de ses débonnaires sidemen (Steve Shelley est là, lui aussi), leurs digressions bruitistes et leurs amusantes sorties de route. Ce type mérite largement son immense capital sympathie et met à peu près tout le monde d’accord.

Ce ne sera pas le cas de Slowdive. L’annonce de la récente reformation des shoegazers avait été accueillie avec la même ferveur incrédule que celle de My Bloody Valentine il y a quelques années. Pas tout à fait quand-même, Slowdive étant, si l’on peut dire, un genre de Poulidor shoegaze. Mais l’attente était grande, disons. Ce qui frappe d’abord, pour qui osera confesser n’avoir jamais trop écouté ce groupe, c’est le sentiment de familiarité et d’orthodoxie que procure cette musique dont on aura entendu des milliers d’échos chez quantité d’autres groupes. Slowdive sonne exactement comme on s’y attendait ; Ample, éthéré, mélancolique, en proie à des accès de fureur lente, à égale distance de MBV et de Cocteau Twins, en gros. On aurait bien aimé s’y plonger davantage en 90, mais on était un peu trop occupé avec Ride, en fait. Du coup c’est un peu étrange, cette musique qu’on connaît sans la connaître et qui nous enveloppe sans trop nous remuer. On s’attardera de manière un peu anecdotique sur le fait que les fiers champignons capillaires d’antan ont fait place à des looks d’employés de la COGIREP, à l’exception notable du chanteur qui arbore désormais barbe touffue et mèche crantée comme vous et moi, enfin surtout vous, ou plutôt comme Guigui, un copain qui a la particularité de collectionner à son insu les sosies dans les groupes indés (bassiste de Tindersticks, chanteurs de Slowdive et Midlake, etc…)

« Les légendes aussi naissent quelque part », disait une antique pub (époque Slowdive, à peu près) pour pièces détachées de bagnoles américaines à encastrer dans de la vieille pierre. La légende suivante est née il y a très longtemps à Manchester et a enterré bien des concurrents et contemporains sans que ça ne l’attendrisse ou l’assagisse. Pas grand-chose à dire sur le teigneux Mark E. Smith et son The Fall. Certains peuvent bien y voir l’incarnation suprême du rock’n roll, la quintessence du punk, un modèle absolu d’intégrité et de radicalité ; on a aussi le droit d’être totalement hermétique à ce grand n’importe quoi et de trouver la posture à peu près aussi ennuyeuse que la musique. L’antagonisme aura en tout cas alimenté l’essentiel des discussions après ce concert (et jusqu’au lendemain) qui ne m’aura retenu qu’un tout petit quart d’heure.

Au rayon « hallus », celle-ci est de taille : en l’espace de deux ans, une partie des membres du Brian Johnston Massacre a été changée en personnages de Pierre La Police. C’est à dire que leurs mentons ont été comme avalés par un imposant goitre. C’est le cas du BJM en chef Anton Newcombe, et plus encore de son punching ball préféré Matt Hollywood. Joel Gion quant à lui conserve la (les) ligne(s), et un air… disons détaché, probablement grâce à sa pratique assidue du tambourin. Les cinq autres mûrissent doucement, avec l’assurance d’être appelés pour chaque nouvelle tournée (le line up semble enfin stabilisé) par un boss désormais straight et apaisé. Dit comme ça, l’affaire paraît bien peu excitante. Et c’est vrai que BJM a sans doute perdu un peu de son mordant, de son imprévisibilité et de son côté borderline. Où est le problème ? Bowie lui-même, héros absolu de Newcombe, n’a t-il pas finalement renoncé à son intenable posture de Dorian Gray pop ? Et si le temps qui passe faisait du bien au rock’n roll, hein ? Et oui, voir des musiciens s’empâter, grisonner et renoncer à faire semblant d’être jeune, c’est fichtrement émouvant. Oui, bon, pas toujours : Mark E. Smith émeut assez peu, par exemple. En ce qui concerne BJM, la frustration viendra surtout de la brièveté du concert, dictée par la loi festivalière. Soit une heure au lieu des deux auxquelles les Californiens nous ont habitués. Pour le reste, le nuage de guitares opiacées n’a rien perdu de sa densité, l’interprétation des classiques attendus (Servo, Nevertheless, Whoever you are) demeure admirablement bancale, alternant avec quelques extraits du récent et addictif Revelation. Chacun prend fidèlement qui sa part de chant lead, qui son solo de traviole, et tous font « hou hou » quand il faut, et punaise, tout ça fait vraiment très plaisir à voir et à entendre. Le highlight espéré de la soirée aura donc tenu ses promesses. On file voir Suuns dont on a franchement adoré le très velvetien concert de l’hiver dernier au Rockstore. Les Canadiens sont ostensiblement en mode festival – la vache, je m’étais pourtant juré de ne jamais dire ni écrire « en mode ceci » ou « en mode cela » ; tant pis, ça m’a échappé - et déroulent leur groove sale, alangui et plein d’épines. Armed For Peace, pas joué – sauf erreur - sur la tournée Images du Futur fait frissonner comme il faut. Et puis hop, désertion, à regret, bien avant la fin du set – PVC, ils l’ont joué, finalement ? -, par crainte de voir le scénario de l’an passé se répéter au moment d’accéder à la petite salle « club » (cohue, engorgement, portes closes, ce genre). Sauf que Moodoïd n’est pas Fauve ni La Femme. C’est donc dans une salle quasiment vide que les parisiens font leur soundcheck tranquillou. « Vous êtes en avance, non ? » lance Pablo Padovani, déjà vu aux côtés de Melody’s Echo Chamber. « Oui., mec, c’est parce qu’on a grave kiffé ton EP et qu’on a vraiment envie de voir ce que ça donne sur scène », qu’on lui répond dans ma tête. Ce que ça donne finalement, c’est un set un peu coincé au début, un Je suis la Montagne expédié en troisième position qui fait quand même son petit effet, mais sans doute en deçà de ce qu’on attendait, et une constante montée en puissance sur des titres inconnus, fraîchement enregistrés pour un premier album à paraître cet été. Comme on le sait, Padovani a confié ses chansons tarabiscotées à un trio girly claviers/basse/batterie assez remarquable (mention spéciale à la batteuse et son jeu sixties très expressif). Trop jeune pour avoir connu l’univers pailleté des shows TV des Carpentier, cet angelot fils d’un saxophoniste jazz réputé (le Gardois Jean-Marc Padovani) fantasme sur un âge d’or glam, extatique et hors du temps, un psychédélisme lumineux et enfantin qui réunirait Brian Jones, Barbarella, Connan Mockasin, Dashiell Hedayat et quelques autres doux dingues autour d’un banquet de fraises Tagada pas super bio. Volutes de guitare 12 cordes et voix trafiquée s’enchevêtrent pour gommer tout repère spatial ou temporel. On a entendu des filles, à la sortie, s’extasier sur le morceau « un peu chinois », c’est dire…Bref, tout cela mérite sans doute de mûrir un peu, mais le potentiel est énorme, et l’euphorie qu’on ressent en fin de concert, non feinte.

Du coup, la motivation n’est pas à son zénith pour aller vérifier la bonne tenue du déhanché de Jon Spencer, qu’on a pourtant bien aimé autrefois. « c’est gras » nous assurent deux potos affalés dans le patio. Ok, basta. On revient demain.


Le 4 juin 2014, par Manu

This Is Not A Love Song 2014

Day 2

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