This Is Not A Love Song 2013 "Day 1 & 2"


Jour 1 : Egyptian Hip Hop / Flou Fantôme / Connan Mockasin / Savages / Death Grips / Animal Collective.

Du buzz, des groupes dont on oubliera le nom, d’autres qu’on avait rangés depuis des lustres dans la boîte à souvenirs et d’autres encore qui nous donnent régulièrement envie d’envahir la Pologne. Pas de doute : avec sa programmation pléthorique et ses airs de Primavera « redux », la première édition de This Is Not A Love Song avait bien de quoi faire saliver les plus blasés. L’idée était aussi simple que géniale : tisser une toile sur la route de la grand-messe indé barcelonaise pour choper au vol quelques gros insectes de passage à l’occasion de ces quatre jours de migration printanière. Beaucoup en rêvaient, La Paloma et Come On People l’ont fait. On peut bien chercher la petite bête, le seul truc qui nous vient, c’est « Bravo ».

Ce qui frappe d’abord chez les Mancuniens de Egyptian Hip Hop qui essuient les plâtres, c’est leur vague ressemblance avec le jeune voisin du dessus fumeur de bédos et joueur de djembé, dreads et gilet en laine « Big Lebowsky » compris. Voilà qui contraste de manière assez saisissante avec un public pour l’instant clairsemé, mais qui passe déjà pour une réserve naturelle de hipsters. Il se dit même qu’il y avait dans l’assistance un hipster enveloppé, mais on ne l’a pas vu. Bon, franchement, il est encore un peu tôt pour succomber complètement à cette pop patchwork plutôt fraiche et bien troussée où se télescopent accents afro et synth pop, sonorités 80’s et grooveries à la DFA. Le patio reste à cette heure l’endroit le plus couru, malgré un automne très précoce cette année.

Et puis on ne voudrait pas rater les camarades montpelliérains de Flou Fantôme programmés dans la salle club. Avec seulement une poignée de concerts à leur actif, Seb et Charlotte maîtrisent visiblement leur affaire, et présentent une belle collec’ de chansons cotonneuses, mélancoliques et retenues, toutes en rêveries shoegaze et mélodies jolies. L’écoute est attentive et bienveillante ; les voix, nappes et arpèges se fondent à merveille. Là, tout n’est qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté, comme disait tonton Charlie. On peut se réjouir que notre scène locale compte des ambassadeurs de cette trempe là, même si, allez, en faisant la fine bouche, on pourrait regretter que cette belle harmonie manque juste un peu d’épines ou de fantaisie.

Mais c’est peut-être parce qu’on spécule déjà sur la dinguerie à venir, dont on est en train de rater le début, tiens, avec tout ça. Hop hop, direction la grande salle pour retrouver le très attendu Connan Mockasin. Entre une toute fin de set aperçue deux ans plus tôt à Barcelone et un concert hivernal au Rockstore en backing band de Charlotte G, les apparitions scéniques du blondinet ont jusque là généré plus de frustration que d’extase. Pour l’extase, il faudra sans doute patienter encore un peu, tant le Néo Zélandais s’applique à nous perdre en forêt, repeindre le décor et transfigurer des chansons déjà passablement biscornues à l’origine. Torsions, étirements, emballements : tous les stratagèmes y passent pour surligner la bizarrerie de l’instant. On peut bien s’agacer de ces velléités pseudo raéliennes, reste que le Brian Jones des Antipodes et sa secte de freaks androgynes en kimono parviennent à recréer une jungle moite et enveloppante farcie de végétaux mous et de bestioles informes. Et qu’on s’y sent plutôt bien, au final. Mention spéciale à un magistral Forever Dolphin Love de près de 20 minutes, tenu par une basse spongieuse et la guitare liquide de l’illuminé à la voix d’hélium.

Il est temps de reprendre forme humaine pour aller vérifier que Savages portent bien leur nom. On ne sait pas grand-chose de ce groupe londonien si ce n’est qu’il est composé de quatre filles, dont la moitié féminine du duo d’expats’ frenchies John & Jehn, au chant. Rien qui permette de nourrir des espoirs démesurés, donc. Ce qui explique en partie, sans doute, la bonne claque assénée par ces furies, le sas à peine franchi. Tiens, on me souffle dans l’oreillette que les filles sont des camarades de label de Lescop. On dirait bien que le charentais a aussi refilé à sa compatriote Jehn l’adresse de son coiffeur et prof de danse, un épileptique ténébreux mort il y a plus de trente ans dans sa cuisine. Honnêtement, cette compile du meilleur post-punk circa 79-83 risquait, sur le papier, d’arracher un bâillement, ou au mieux, un soupir nostalgique au vieux machin croisé à quelques reprises déjà dans le miroir des impeccables toilettes de la Paloma. Passée la sidération que provoque la vision d’une Siouxsie si tonique et bien conservée (mimétique jusque dans le timbre et les intonations), on tente bien de résister encore à ce qui ressemble si fort à une duperie, un étalage de clichés outrageux, de poses trop calculées pour être honnêtes. Mais on est bien obligé de se rendre à l’évidence : le piège fonctionne super bien, les chansons sont bonnes, tendues, jouées avec une morgue, une conviction et une énergie réellement impressionnantes. La bassiste trace les lignes martiales dont Hooky a perdu la recette, la guitariste tire de sa Mustang des cliquetis de ferraille et des grincements dignes des plus belles heures de Birthday Party, la batteuse est une élégante bucheronne et Jehn occupe le devant de la scène avec un charisme stupéfiant. Et l’ensemble conserve une tenue et une cohérence folles. On ne va pas forcément se ruer sur l’album, mais la prestation scénique de Savages est juste bluffante.

La pause s’impose. Impasse sur Death Grips, donc, qui semble avoir aussi marqué les esprits, dans le genre furibard.

Le gros morceau de la soirée c’est évidemment Animal Collective. Leur prestation catalane de 2011 en a laissé beaucoup plutôt perplexes, voire décontenancés, avec le sentiment (acceptable, à 4h du mat et après deux jours de festival) de n’avoir pas tout compris. Pour mémoire, on avait eu droit à une performance quasi pyrotechnique, aussi puissante que déstabilisante, un genre d’atelier de recherches live d’où émergeaient parfois quelques séquences de transe et beaucoup de grumeaux sonores incongrus aux allures de patates chaudes. Le chemin emprunté à Nîmes par les quatre New Yorkais semble au premier abord bien différent. Limite pépère, même, pendant une bonne moitié de set qui en aura découragé quelques uns.

Une première partie pendant laquelle Avey Tare ne lâche pas le micro, égrenant des… hum…chansons, oui, disons le (même si ce terme prend toujours chez Animal Collective une connotation un peu oblique) sur lesquelles sa voix fait du yo-yo et d’autres trucs un peu insensés. Difficile de s’enthousiasmer dès lors qu’on n’a pas écouté leur dernier album. Et puis il faut bien admettre que le groupe n’a pas vraiment l’air d’y être. Qu’on laisse seulement resurgir le souvenir encore frais et cuisant de Savages, et on comprend instantanément comment et pourquoi trente ans plus tôt, les kids ont chaussé les rangers pour piétiner les élucubrations labyrinthiques fatigantes des prog-rockers. Le génie, c’est bien, mais mieux vaut éviter de tout miser dessus.

Cela dit, Animal Collective semble s’en souvenir petit à petit. En tout cas, on a bien envie d’y croire, on ne demande même que ça. On arrive donc laborieusement à la moitié du concert quand Geologist lance la séquence synthétique qui ouvre My Girls, mais ça patine encore un peu, comme si la chanson restait bloquée sur son intro. Ce qui est rassurant, c’est que Panda Bear n’a pas d’extinction de voix, finalement. On a eu peur. Bon, admettons que ça commence enfin à s’ébrouer, à s’incarner un peu, cette histoire. Le salut viendra finalement de Deakin, discret et longiligne couteau suisse, et de son numéro de derviche tourneur, basse en bandoulière, sur le très réussi Monkey Riches, hypnotique à souhait. Un impeccable Brother Sport dégrippera définitivement la machine avant le final et extatique Peacebone. Ouf. C’était osé, comme dramaturgie de concert, et une fois de plus, les bestiaux ne se seront pas fait que des copains, ce soir. Inconstance ou sabotage délibéré ? Difficile à dire mais on ne pourra pas taxer Animal Collective de complaisance. La défection d’une partie des forces en présence nous aura privés cette fois-ci d’une réjouissante bataille de bière crachée opposant « pro » et « anti » AC, comme cela avait été le cas à Primavera il y a deux ans. On rentre tout de même avec une belle moisson de sensations fortes et contrastées. On ne demandait pas mieux.

Manu

Jour 2 : The Intelligence / Melody’s Echo Chamber / JC Satan / Nick Waterhouse / BRNS / Amon Tobin

C’est avec un poil moins d’excitation que la veille que nous reprenons la route de Nimes en ce second jour de festivités. Le finish d’Animal Collective hante encore notre esprit lorsque nous pénétrons dans la grande salle pour la toute fin de The Intelligence, pour quelques minutes rugueuses des américains de Seattle. Le public arrive doucement et l’énergie déployée sur scène aurait mérité une programmation un peu plus tardive.

C’est Melody’s Echo Chamber qui nous donnera les premiers frissons de la soirée dans un club bien garni. Après un EP sous le nom de My Bee’s Garden, déjà défendu sur ce site, l’album de la provençale a rencontré un succès mondial, bien aidé il est vrai par la touche Kevin Parkerienne l’année dernière. Si les premiers retours de live, notamment après les Transmusicales de Rennes nous avaient un peu refroidi, le groupe semble en avoir pris acte et c’est désormais une formation bien en place qui apporte sur scène une dimension bien plus musclée aux jolies compositions de Melody. Les problèmes techniques (pas de clavier) auraient pu nous priver des superbes Bisou Magique et Quand vas tu rentrer ?, mais il n’en sera rien. On tient notre première bonne surprise (disons confirmation) de la soirée.

La pause clope / demi nous fera rater une bonne partie du set des jeunes Valencia Motel, bien à l’aise sur la grande scène mais dont les compositions nous laisseront un peu sur notre faim. Retour au club pour un pur moment de rock’n’roll avec les bordelais JC Satan. Le guitariste à moustache et sa bande provoqueront les premiers pogos de la soirée. Oui, les Nimois aiment bien les pogos, on s’en rendra vite compte tout au long de ces quatre jours. Au moins pour ce coup ci, c’est justifié. JC Satan, plus Satan que JC d’ailleurs, a bien l’intention de nous mettre une claque dans la gueule. Ce set fougueux restera mon point culminant de la soirée.

Pour la suite, le thème sera découverte et curiosité, puisque c’est cette dernière qui me guidera devant la scène de BRNS que je ne connais absolument pas. La pop sophistiquée des belges aura un double effet sur moi. Physique puisque sans que je ne m’en aperçoive vraiment, je tape du pied, bouge la tête... plutôt bon signe. Et impulsif, puisque je me retrouve avec leur disque en poche 10 minutes après le concert. Belle découverte, et groupe à suivre.

Petit moment d’attente (clope / demi), un peu forcé, car c’est la sécu qui nous vide de la grande salle pour l’installation du matos d’Amon Tobin. Un dj set est annoncé, mais ma foi, si l’installation doit se faire dans le plus grand secret, on nous réserve peut-être une surprise ?

…. et pas du tout ! A notre retour, une table, deux platines, et un Amon Tobin le nez sur sa table de mixage, surement pour vérifier que le son est bien à fond. Notre petite bande ne sera pas sensible à l’envie d’en découdre de la star, qui aura au moins permis à l’équipe de la Paloma que leurs murs étaient bien solides.


Le 3 juin 2013, par Manu

This Is Not A Love Song 2013

Day 3 & 4

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