This Is Not A Love Song 2014 "Day 2"

Label :


Jour 2 : Wooden Shjips - Courtney Barnett – Superchunk – Midlake - Findlay - Meridian Brothers – Neutral Milk Hotel - Earl Sweatshirt - Rodrigo Amarante - Cat power - Jungle – The Black Lips – Har Mar Superstar – Ty Segall - Daniel Avery

Houlà, faudrait pas traîner, voilà déjà une semaine qu’on y était et puis ces frimeurs de primavéreux ne vont pas tarder à rentrer de Porto par charters entiers. Voilà de quoi précipiter l’obsolescence programmée de ce second compte-rendu. Où en étions nous, déjà ? Ah oui, Nîmes, deuxième jour.

On est là dès 14h – ce qui laisse entrevoir une longue et harassante journée – pour les gars de Wooden Shjips et leur saleté de « J » qu’on ne sait jamais où placer.

Pour revenir vite fait sur la problématique du vieillissement - qui, allez savoir pourquoi, s’est invitée de manière lancinante pendant ces deux jours de festival, questionnant aussi bien notre propre rapport de spectateur fan de musique, que la façon dont les artistes eux-mêmes se dépatouillent avec la folle course du temps -, il semblerait que l’astucieux Ripley Johnson, leader charismatique du groupe, se soit débrouillé pour paraître vieux dès son plus jeune âge. Un peu comme Sébastien Tellier, finalement. En réalité, on ne sait pas trop, puisqu’on a embarqué chez Wooden Sjhi…Shij…et merde… en empruntant assez tardivement la passerelle Moon Duo (le side project de Johnson avec sa copine aux claviers). Ce qui laisse tout de même assez de temps pour avoir vu sa barbe de Raspoutine perdre un peu de son contraste caractéristique et de ses stries blanches et noires. Ok, ok, OSEF.

Batteur de cils

Après la blague rituelle « thank you, good night » balancée en fin de soundcheck, les quatre Californiens attaquent donc vaillamment sous le cagnard intermittent. Rien de nouveau sous le soleil, on ne va donc pas se gêner pour convoquer la batterie de qualificatifs habituels - et usés jusqu’à la corde - pour caractériser cette musique « de niche ». Oui, la rythmique est ultra hypnotique, répétitive à souhait ; oui, les vrilles que Ripley tire sans répit de sa Airline sont acides et vertigineuses au possible ; oui, la voix est sépulcrale et monocorde, et oui, tout cela est ainsi fait pour faire penser à la drogue. Du rock psychédélique vrai de vrai, quoi, noyé de fuzz et de reverb, et qui s’entortille comme un serpent autour d’un drone obsessionnel. Ça ne transige pas, ça ne minaude pas, ça s’en fout, c’est inflexible, ça ne va jamais chercher ailleurs. Plus loin, à la rigueur, mais ailleurs, pas question. Et c’est ça qui est bon. C’est ce qu’on attend, c’est ce qu’on veut : être happé, soulevé tout comme eux par ce truc indescriptible. Le batteur ne s’emmerde pas à faire des roulements, d’ailleurs, il n’a pas de toms qui le permettraient, il est juste en transe, et ses paupières clignent à chaque coup de caisse claire. Le claviériste est constamment bouche bée, le bassiste binoclard à dégaine d’universitaire sympa se laisse mollement dodeliner, basse au garde à vous, et Johnson écoute attentivement sa guitare nous raconter une histoire littéralement interminable, confuse et universelle. What else ?

Après quoi, voilà qu’au beau milieu d’une étude comparée mettant en perspective le post-modernisme chez Moodoïd et le retro conservatisme fantasmatique chez Temples (hu hu hu), déboule sur scène une gamine seule avec sa grosse guitare. Oublions vite les poncifs qui voudraient nous faire voir en chaque jeune songwriteuse l’héritière accablée de PJ Harvey et de Cat Power. Courtney Barnett affiche un mélange d’assurance et d’humilité sans commune mesure avec l’hystérie possédée de Polly Jean et le chaos intérieur de Chan (dont on ira plus tard prendre des nouvelles). A vrai dire, on n’est pas immédiatement captivé, mais la fille gagne insidieusement des points et nous cueille, un par un, assez tranquillement, un peu comme on va aux champignons. Et sans artifice, sans pose, sans piège à garçons outrancier, juste avec des chansons sans âge, pas geignardes, pas torturées, pas crâneuses, mais assez impressionnantes au final. Et puis la demoiselle ne se contente pas, comme tant d’autres, de gratouiller, l’air fatigué, trois accords mineurs ; non, des fois, elles part sur des trucs en picking un peu rêches, mais là encore, sans esbroufe ni colère, juste comme ça. Et puis elle semble sincèrement étonnée par son petit effet sur un public qui, au vu de sa notoriété lilliputienne et compte tenu de l’heure qu’il est, aurait aussi bien pu y aller, aux champignons, si ça avait été la saison.

Câlin

La journée ayant débuté sous les meilleurs auspices, on s’octroie une pause pré-apéritive (punaise, il n’est que 17h !?) en écoutant de loin et distraitement la légende indé Superchunk. Bon, ça braille joyeusement des chœurs idiots, ça bourrine des suites d’accord qui font bailler, on finit donc par ne plus écouter du tout, en fait.

Et surtout, on se réserve pour Midlake, en laissant glisser les vannes grassouillettes de ceux qui n’ont vu chez les texans qu’une bande de chouineurs au soft rock propret. The Trials Of Van Occupanther, leur antépénultième album, a longtemps joué son rôle de disque de chevet, mais on n’a pas trop écouté la suite, en fait. Ni l’album « brit folk », ni le dernier, celui d’après la désertion du leader Tim Smith. Les gars s’en sortent d’ailleurs plutôt bien sans lui, y compris sur les merveilles que sont Young Bride ou Roscoe, tube réclamé par les fans. « Si vous êtes gentils », glisse l’impavide Eric Pulido, promu frontman et nouveau sosie de Guigui. La justesse des harmonies vocales est proprement sidérante, les orchestrations, d’une sobriété remarquable. Ni folie ni fantaisie dans l’interprétation, Midlake ne joue pas dans cette catégorie là. Mais bon sang que c’est beau ... Tout au plus le sextet s’aventure t-il parfois sur les sentiers d’un néo prog-rock pas trop démonstratif, se glissant à l’occasion dans la peau d’un vague cousin yankee de Radiohead, mais dans l’ensemble, le groupe préfère la retenue à l’emphase, la mesure au débordement, et ça lui réussit. A la fin, Pulido nous invite à venir faire bisou, câlin ou tchin tchin au stand du merchandising, et on est bien à deux doigts d’accepter.

Autant dire qu’après ça, le « son pop-rock » sautillant et calibré teenage radio de Findlay, ça ne passe pas du tout. Juste le temps de noter qu’il fait encore jour alors qu’on a l’impression qu’il est minuit, et on file goûter quelque chose de plus épicé au Club.

Tropico™

De la cumbia colombienne psychédélique, nous promet-on. Et c’est ça, précisément. A l’exception du chanteur hirsute et pince sans rire, les Meridian Brothers sourient de toutes leurs dents, ce qui passe encore quand on joue de la batterie ou du clavier, mais qui n’est pas du tout pratique quand on souffle dans un sax, avouez. Le batteur et le clavier pensent probablement jouer dans un orchestre « tipico ». . Et c’est le cas, d’ailleurs, sauf que les synthés font vraiment des bruits étranges. Etranges, mais pas autant que la guitare et la voix du méridien en chef dont on se demande au début si son accent latino n’est pas un peu forcé. Leur reprise du Purple Haze d’Hendrix rappelle furieusement l’entreprise délirante de latinisation de Kraftwerk par Señor Coconut. Pour le reste, c’est un peu comme si Kevin Parker de Tame Impala et Frank Zappa pendaient la crémaillère de leur colloc’ dans un quartier chaud de Bogota. Et par chance, ce n’est pas seulement rigolo, irrésistiblement groovy et perché, ce qui pourrait suffire, d’ailleurs. Non, c’est très bon, en plus, avec de vraies chouettes chansons.

Barbes à trucs

Le cas Midlake étant - joliment - réglé, l’objectif principal de la soirée, n’en faisons pas mystère, reste quand même Cat Power. Mais tout cela commence à prendre une tournure légèrement différente et plutôt inattendue, à mesure que la journée s’étire. L’option « découverte » (Courtney Barnett, Meridian Brothers) s’impose doucement comme une source de plaisirs plus vifs que ne le seraient de très hypothétiques joies des retrouvailles ou transpositions scéniques réussies. Intuition confirmée avec Neutral Milk Hotel. Est-ce à cause de ce nom peu engageant qu’on ne s’est jamais intéressé à la musique de cette – autre – légende indé US (c’est ainsi que nous les vend TINALS, en tout cas) ? Difficile à dire, mais là encore, la surprise est de taille. C’est l’aspect « circus » qui s’impose d’abord, avec cette impressionnante troupe au sein de laquelle chacun, ou presque, peut changer trois fois d’instrument, le temps d’une seule chanson. Il y a ce drôle de lutin au bord de la scène et sa collection de scies musicales. Il y a ce nain de jardin géant, avec son collier de barbe immaculé (champion de la barbe pour TINALS 2014, haut la main), vague sosie de Robert Wyatt qui souffle en alternance dans un trombone, un cor, un tuba. Et il y a surtout ce chanteur guitariste prodigieusement barbu lui aussi, planqué sous une casquette de baseball, le fameux Jeff Mangum dont on a dû lire le nom 50 fois dans la presse, disons, spécialisée, et sa voix qui s’envole péniblement dans les cintres . De la pure Américana nimbée d’une improbable aura Brechtienne (désolé, c’est pas pour me la péter à coup de références pseudo-intello-littéraires, mais c’est ce qui m’est venu), ou Fellinienne, si vous préférez. Enfin, Européenne, quoi, voilà, si cela a encore un sens. L’accordéon, peut-être… En tout cas, c’est plein de joie et de tristesse mêlées, et ça réchauffe drôlement, même si franchement, on n’a pas froid, là. Ce qui fait qu’on se sent un peu penaud d’être passé à côté de ça jusqu’à présent, et à la fois enchanté d’avoir découvert ce groupe sur scène, puisque cela semble bien être son élément naturel. Très, très bonne pioche, on aurait dû venir par ici un peu plus tôt. Mais on grappille, on grappille, puisque c’est la règle tacite, et pourquoi pas, si ça peut générer autant de bonnes surprises ? Finalement, tout ça s’avère assez raccord avec la dématérialisation et les nouvelles habitudes de « consommation « de la musique : De la même manière qu’on télécharge des morceaux à droite à gauche plutôt que de prendre le temps de poser un disque sur une platine et de le retourner quand la face est finie, on assiste désormais à des petits bouts de concerts, eux même tronqués au départ, histoire d’en engranger le plus possible. Ma foi, pourquoi pas, puisque les effets ne sont pas que pervers… Allez, je m’égare, et je sens bien que je vous saoule. L’erreur consiste à ce moment là à sortir écouter du Hip Hop qu’on ne connaît pas, (Earl Sweatshirt), alors qu’on n’est au départ pas hyper accro au Hip Hop. Pas un drame en soi, notez, mais c’est juste qu’on est en train de rater un super truc, dont on ne grappillera que les dernières miettes : le concert du Brésilien Rodrigo Amarante, dans la salle Club.

Immédiatement, on est saisi par la classe du bonhomme, par sa voix hors du commun, par la cohésion du groupe qui l’accompagne (« ça joue », osera un ami) et qui peut par moments évoquer un genre de Notwist nonchalamment tropical. C’est beau, intelligent, sensible et délicat, mais hélas, c’est déjà fini. Et bon sang, on ne s’y attendait pas. « Vous êtes tout pour moi », balance humblement, et dans un français assuré, le barbu (et oui, encore) brésilien. Grosse impression, et confirmation ultime que la découverte peut s’avérer source de bonheurs insoupçonnés.

Marquer le pas, et un, deux, ancien combattant…

Franchement, on pourrait très bien s’en tenir à ces huit premières heures, d’autant que les pieds commencent à crier, et les jambes, à fléchir. Sauf que quand même, là, c’est Cat Power. Qu’on n’a pas revue depuis ce fameux soir de 98 au Rockstore, sur la tournée Moonpix. Entre temps, Chan Marshall a vécu mille vies de chat - pas toutes débordantes de félicité -, est devenue le phénomène que l’on sait, a enregistré un dernier chef d’œuvre cabossé (You Are Free) il y a longtemps déjà, puis un « disque de la maturité » (The Greatest) en forme d’exercice de style pas désagréable, et puis rien de très excitant par la suite, franchement, trop occupée qu’elle était à gommer son mal-être à grand renfort de mondanités pailletées et de méthode Coué. L’option « solo » retenue ce soir suscite l’espoir d’une impasse sur l’horrible Sun, dont la sophistication toc s’accommoderait mal, à priori, de cette formule. C’est donc une Chan Marshall radieuse qui déboule, Danelectro en bandoulière. Radieuse mais avec toujours un pète au casque, comme on le verra assez rapidement. Pourtant, l’écoute du public, qui a littéralement rempli la grande salle comme jamais, est quasi religieuse et rappelle furieusement la ferveur dont faisait déjà l’objet Jeff Buckley, de son vivant. Tout au plus fusent quelques « we love you so much » auxquels elle répond vite fait, avec une légère pointe d’agacement, nous a t-il semblé. Le relou de service est bien là lui aussi. Oui, oui ; celui qui gueule « à poil » en toutes occasions. Chan Marshall marque le pas en rythme, et en gratouillant avec une assurance croissante. Sa voix est intacte, puissante et fragile. Mais la nervosité gagne peu à peu. D’abord, il y a cette paire de micros qu’il faut sans cesse repositionner pour une raison obscure (on me souffle dans mon oreillette tigrée qu’ils sont branchés sur un TC Hélicon VoiceLive Play GTx – sérieux ! - qui est paraît-il une chouette pédale de doubling pour la voix) . Dans l’oreillette de retours de Chan, en tout cas, il se passe des choses qu’elle n’apprécie vraiment pas, comme par exemple, un sonorisateur trop bavard, si j’ai bien compris. Ah, et aussi des larsens à répétition, bien sûr. Et dieu sait quoi encore. Enfin ça nous l’énerve, c’est sûr. Au piano, ça ne s’arrange pas, elle se retourne fréquemment vers le sondier, semble s’inquiéter de l’heure, comme si elle avait hâte que tout ça se termine. Ce que confirme son départ précipité, après débranchement nerveux de la fameuse pédale dont je ne vous redirai pas le nom, c’est écrit plus haut. La foule oscille entre malaise et ravissement. Pour moi, ce sera plutôt malaise, bien que le concert ait ménagé quelques instants de grâce. On retiendra cette méconnaissable reprise du Just Like Heaven de Cure, en souhaitant à l’américaine de parvenir à se ménager de temps en temps quelques coins de paradis hors de son tumulte intime.

Et maintenant ? Et maintenant on n’en peut plus, et rien de ce qui suit ne suscite à priori un enthousiasme débordant. Il paraît que les Black Lips sont rigolos. Bof. Ils sont bourrés, surtout, font pas mal de boucan et feraient mieux d’aller ranger leur chambre. Non, mais bon, voilà, c’est du bon gros punk rock des familles, et comme j’ai déjà dit, je sature à peu près autant que leurs guitares. Dans ces conditions, projeter d’aller découvrir Ty Segall (si si, je vous jure ; connais pas) relève de la folie pure, ou du moins, de l’échec annoncé. Un détour par le club s’impose, des fois qu’une nouvelle découverte parviendrait un peu à me requinquer. Gagné. Har Mar Superstar surprend et ravit avec sa soul millésimée, ses tenues improbables, son charisme à rebours (un anti-sex symbol qui joue de sa physionomie ingrate) et son falsetto impeccable de soulman pur jus. Le trio qui l’accompagne pourrait tranquillement faire le backing band des Blues Brothers. Ça donne bien envie de danser, mais comme le dit une amie, « je ne sais pas danser ». Et puis j’ai bien envie d’aller dormir. Allez, courage Ty Segall va nous tirer de cette mauvaise passe. Tu parles… Un autre jour, à un autre moment, pourquoi pas, mais là, Ty Segall et son garage ultra abrasif, ça ne colle pas. Pas avec moi, en tout cas. Certes, c’est impressionnant, puissant, bien joué, hyper carré, ça connaît sur le bout des doigts son Black Sabbath, son Stooges et son MC5, mais ça m’emmerde. Et quand à parler de génie, alors là, je ne sais pas trop. Là tout de suite, je me sens un peu comme ces pauvres bougres qu’on torture à coups de décibels à Guantanamo. Bon, c’est une image, hein, moi, j’ai toujours la possibilité de sortir. C’est ce que je fais d’ailleurs. Après ça, il reste encore Daniel Avery pour une ultime guinche. Mouais, ça y est l’indigestion auditive est là ; plus rien ne passe, plus rien ne rentre. Enfin si : nous. Nous rentrons, précisément. Enfin. Et avec l’impression d’avoir vécu, en l’espace de deux jours, mille vies. Débordantes de félicité, celles là.


Le 13 juin 2014, par Manu

This Is Not A Love Song 2014

Day 1

Archives

Radio Clapas "Emission #15 (14/03/2017)"

Tracklist : 1. Timber Timbre - Sewer blues 2. Oh ! Tiger Mountain - Two sisters (Kinks cover) 3. The Black Heart Procession - The old kind of summer 4. Father (...)

Lire l'article


Radio Clapas "Emission #14 (07/03/2017)"
Radio Clapas "Emission #13 (21/02/2017)"
ON (Orphée Noir) "A song for the soul (#45)"
Radio Clapas "Emission #12 (31/01/2017)"

NOTRE SELECTION

https://soundcloud.com/troubleinmin...https://soundcloud.com/tough-love/w... https://soundcloud.com/ulrikaspacek...