This Is Not A Love Song 2015 "Day 2"

Label :


Samedi 30/06 – jour 2

Dans quel état j’erre ?

Oh, comme j’aurais aimé vous parler d’Aquaserge, de leur science délicate, aux confins de l’avant-rock, de l’école de Canterburry et de l’audace formelle des score makers frenchies des 70’s (Goraguer, Vannier, De Roubaix ), de ce que leur doit la jeune garde néo-psyché hexagonale, de Moodoïd à Forever Pavot, de Melody’s Echo Chamber à Orval Carlos Sibelius… Mais non. Je ne peux que faire ronfler les références (d’une manière aussi vaine que bien gonflante, je ne vous le fais pas dire). Car les Gascons ont déjà plié les gaules au moment où débute pour moi le second épisode de TINALS 2015. Les commentaires glanés ça et là vont de « sublime » à « chiant comme la mort ». Si seulement Julien Barbagallo avait figuré au casting plutôt que de sillonner l’ouest américain avec Tame Impala (fouchtra, v’là qu’ça m’reprend…), j’aurais sûrement déployé un plus grand zèle pour arriver à l’heure . Tant pis.
Pour Twerps, c’est un peu plié aussi. On me dit dans l’oreillette que ces Australiens là ont bien fait le job, à coup de références appuyées (c’est pas moi, je le jure) aux Pastels et aux Vaselines. Oublions.

A wandering man, call me Sand

Giant Sand transforme la grande salle en Grand Ole Opry. Je rassure d’emblée l’amie qui m’accompagne sur le fait que non, ce n’est pas Hugues Auffray, le monsieur qui chante, mais bien Howe Gelb. Je m’avise de mon côté que la jeune femme qui chante près de lui n’est ni Hope Sandoval (pourtant, de loin…), ni Lisa Germano. A ce propos, je dois avouer que je connais un peu mieux les projets « satellites » de Gelb (The Band of Blacky Ranchette ; OP8 ; Your Horse as a Dog ; Burry Me Slow ; The Postman’s Underwear ; You, Stinky Little Pig ; Joshua Tree Fuckers ; Tucson of a Bitch, etc), que les disques de Giant Sand. Est-ce la raison pour laquelle l’orthodoxie de ce country rock ne me captive pas ? Ou bien seraient-ce les hypothétiques correspondances - plus ou moins attendues - avec la flamboyance de Calexico qui tardent à émerger ? Ou peut-être est il simplement un peu tôt pour goûter toute la saveur de ces vents du désert arizonien.

(c’est pas à Nîmes ; ok, mais deux semaines plus tôt, en Italie)

Je me promets de revenir tirer ça au clair un peu plus tard, après un aperçu de Vaudou Game qui joue juste à côté.

Beaucoup de bruit (pour rien ?)

C’est le pompon… Je n’avais vraiment pas prévu d’avoir Pas contente dans la tronche toute la soirée. Vite fait : cinq blanc-becs maîtrisant à la perfection les subtilités rythmiques de l’afrobeat, emmenés par un pétaradant maître de cérémonie togolais enturbanné, hybride improbable de Fela, James Brown et Jimi Hendrix. Ah ça, c’est efficace, pour sûr. Ça groove comme il faut, ça déborde de good vibes. J’irais bien jusqu’à dire que c’est « sympa », mais ce serait pas sympa. En tout cas, rien de comparable avec la dinguerie des Meridian Brothers découverts l’an dernier au même endroit. Ouais, bon, comparaison n’est pas raison…

(c’est pas à Nîmes, ok, mais pas bien loin, quelques mois plus tôt. Et assez ressemblant)

Pipi au lit

A propos de dinguerie, c’est l’heure d’Ariel Pink. Bon. Swans avait visiblement prévu d’exploser la veille le limiteur de décibels, mais Ariel Pink semble vouloir relever le défi. A moins que ce ne soit là l’œuvre d’un ingé son passionné de sabotage ou juste un peu trop perché. Le résultat, c’est que les premiers rangs offrent un paradoxal sanctuaire pour tympans délicats. Le chaos sonore du zozo californien et de sa bande d’agités pourrait à priori sonner un peu brouillon, mais de plus près, et quand on n’est pas complètement assourdi, on peut y déceler un sens méticuleux de l’organisation et de l’agencement ; une précision d’orfèvre déguisée en grand n’imp’. Ariel sait faire aussi bien le crooner que le Donald Duck, et comme on l’avait constaté à Primavera en 2011, il prend un malin plaisir à piétiner le bon goût, n’hésitant pas à mixer double soli de guitare hard FM à la tierce (Rainbow, Foreigner, remember ?) et pets synthétiques, borborygmes vocodés et clichés glam rock, électronique grumeleuse et pitreries cartoonesques. Un peu comme si le cerveau de Zappa avait trouvé refuge dans une enveloppe charnelle évoquant tout à la fois Kurt Cobain, Alan Vega et le chanteur de Saxon, pantalon bouffant en sus. A un moment, on jurerait entendre Johnny Marr reprenant le générique de Benny Hill. C’est scotchant, mais un peu épuisant aussi. Mention spéciale au bassiste anorexique - débauché d’un groupe de krautrock japonais ? - pour son flegme imperturbable.

Suis pas contente

Allez, fini de rire. « Tss tss tss…Hussssssssh… Calm down ! ». C’est ainsi que Mark Kozelek douche l’enthousiasme bruyant d’une poignée de fans qui ont l’outrecuidance de siffler pendant qu’il s’accorde. La température semble chuter brutalement, la luminosité aussi. Et c’est parti pour quelques dizaines de minutes en apnée au pays de l’éternel sourire (quoiqu’à bien des égards, Sun Kil Moon évoque davantage la riante Corée du Nord que le Cambodge). En vrai, le songwriter à la voix de granit n’est pas là pour rigoler, ni pour faire copain avec son public - le mépris qu’il affiche est probablement à la hauteur du peu d’estime qu’il se porte - . Il n’est là que pour nous balancer à la face les gravats de son rêve américain en miettes. Près de moi, un couple quinquagénaire semble avoir trouvé dans ce désert aride assez de sensualité pour se livrer à une danse des plus lascives, dont on se demande bien jusqu’où elle ira… Sun Kil Moon=Viagra ? On n’aurait pas parié. Kozelek mugit, alternant folk songs crépusculaires et down tempo colériques. C’est à la fois ultra plombé et plein d’une grâce étonnante. Deux guitaristes et un batteur tricotent sans moufeter les chansons monolithiques du colosse atrabilaire. On pensait avoir aperçu la veille, chez Swans, les plus profonds abîmes de misanthropie bileuse, mais Michael Gira, c’est juste Kev Adams, comparé à Kozelek. Bon, c’est émouvant, saisissant, mais j’ai besoin d’aller respirer un peu, là.

(aucune trace internette du concert, mais les lapinous c’est mimi, et ça change des chatons)

Peu d’oxygène chez Wand, cependant, et club impraticable. Echec. Il paraît que ça déboîtait sa race, et même jusqu’au trou de balle de mamie, selon des sources proches du dossier.
Je respire un grand coup et replonge chez l’ex boss des Red House Painters, avec à l’esprit le souvenir d’un Kozelek riant aux larmes tout en lisant à haute voix l’interview du chanteur de the War on Drugs, suite au clash né de leur (presque) rencontre sur un festival américain. Ce non-événement aura quand-même fait les choux gras de la blogosphère indie, l’an dernier. http://sunkilmoon.com/agblues/
Peut-être Kozelek a t-il interprété son War on Drugs suck my cock dans l’intervalle, mais aujourd’hui, ça ne l’a pas déridé, dirait-on. Une dernière chanson, un « good night » à peine articulé, et il disparaît sans traîner.

Quelque chose pour la fin de semaine

Se retrouver devant Divine Comedy juste après Sun Kil Moon, c’est un peu comme enchaîner dans la même soirée TV le Salo ou les 120 journées de sodome de Pasolini, et le Conte de printemps de Rohmer. Gros jetlag. On essaie d’imaginer un instant Neil Hannon et Mark Kozelek trinquant backstage, ou, plus raisonnablement, se croisant, simplement, et… non, ça le fait pas. L’Irlandais est, comme on l’imaginait, affable, volubile, spirituel, flatteur, tiré à quatre épingles, bien élevé (raison pour laquelle, nous explique t-il, il n’explose pas sa télécaster sur cette putain de scène, quand bien même l’envie le chatouille, alors qu’il vient de foirer dans les grandes largeurs le solo final et millimétré de Alfie), et pas rock pour deux sous. Sa discographie et ses choix de collaboration (Burt Bacharach, Yann Tiersen, Valérie Lemercier) en témoignaient assez, et l’exercice de la scène le confirme. Un indice : le musicien auprès de qui il s’enquiert régulièrement de la tonalité du morceau suivant (« la musique est comme un pays étranger, pour moi » … tu parles !) est un… accordéoniste. Pas un type aux claviers, qui passe de temps à autres à l’accordéon, non, un vrai accordéoniste qui joue tout le long, et sur partoches en plus.

C’est pourquoi, sans doute, certains auront confondu cette prestation pleine de classe avec du vulgaire balloche. Hannon lui-même le concède : la basse est trop forte, et la batterie, pas toujours assez véloce (« je m’endors, là »), mais la douceur des soirées gardoises et le vin qui va avec semblent tout à fait à son goût. A la réflexion, l’une des choses les plus appréciables chez Hannon (et en particulier dans ce genre de contexte), c’est qu’il n’est pas de son temps. Plus jeune, il semblait plus vieux que son âge, et aujourd’hui, c’est l’inverse, en dépit de cet « élégant buisson » revenu orner son visage. Ce qui lui autorise certaines coquetteries : Après le primesautier Your daddy’s car, il jauge la moyenne d’âge du public en demandant qui à vu Divine Comedy en concert à l’époque de la parution du morceau (1993). Et devant la forêt de mains levées : « oh, alors vous devez tous avoir, comme moi, un ventre sculpté à la bière ! ». Pour avoir vu, quelques minutes plus tôt, la bedaine de Kozelek réellement sculptée à la bière, on se dit que Neil fait bien sa chochotte. Mais c’est aussi ce qui le rend attachant. Comme ce toast porté « to the gay mariage » que son pays vient tout juste d’adopter par référendum. : « I’m so proud ».
Bref, un show tout en douceurs aigrelettes, en plaisanteries « tongue in cheek » du meilleur effet, et un salutaire oasis de lumière, disons.

White walkers

Hannon nous ayant élégamment rappelé notre âge, on s’apprête à clore ici les débats. C’est à ce moment qu’on croise une grappe de copines encore tout émoustillées de leur rencontre, en début de soirée, avec les Suisses de Puts Marie. Quelques photos postées plus tard sur les rézosocios nous éclaireront sur les motifs supposés de l’engouement, le nom de Jeff Buckley, surgi au détour d’une rapide évocation, corroborant la tendancieuse déduction. On réalise à cette occasion que cette édition 2015 laisse à la gent féminine une portion pour le moins congrue. Une bassiste par-ci, trois choristes par là… Jeâânne, ôscouuur !! Pardon. Je veux dire : où sont les Cat Power, les Savages, les Courtney Barnett, les Breeders des éditions passées ? Punaise, c’était mieux avant… Par chance, Grand Blanc est à 25% féminin. Grand Blanc est une formation apparemment portée aux nues par les Inrocks. Cela signifie qu’ils sont sur le point de sortir un premier EP qui va remettre les pendules à leur place. Tout près d’ici œuvre Bagarre, qu’on nous promet sorti du même tonneau. Mais à chaque jour suffit sa peine. Grand Blanc, immédiatement affublé du sobriquet de Crin Blanc par les plus camarguais de nos amis, ne convainc guère. Mais ce n’est probablement qu’une question d’horloge et de vortex spatio temporel qui parasite notre perception avec ce déplaisant sentiment de déjà vu, déjà entendu… probablement à l’époque où on n’avait pas encore le souci de l’horloge et de la pendule. Bref, les « jeunes gens mödernes » sont aujourd’hui des yeuv’ oncs’ à qui on ne la fait pas, échaudés par le buzz absurde déroulé comme un tapis rouge sous les pas de #Fauve et La Femme, et qui ne sauraient se laisser impressionner par des lignes de basse gorgées de flanger, ni par quelques mèches peroxydées, et encore moins par des textes dignes des Inconnus parodiant Indochine. La fessée, Crin Blanc, et au dodo.


Le 10 juin 2015, par Manu

This Is Not A Love Song 2015

Day 3

This Is Not A Love Song 2015

Day 1

Archives

Radio Clapas "Emission #26 (25/07/2017)"

Spéciale Brazil Invité : Flo Sanchez Tracklist : 1. Edu Lobo - Crystal illusion 2. Os Mutantes / Rita Lee - Baby 3. Erasmo Carlos - Saudissimo 4. Antonio Carlos (...)

Lire l'article


Radio Clapas "Emission #25 (04/07/2017)"
Radio Clapas "Emission #24 (27/06/2017)"
Julien Marchal "Oubli"
Royal Blood "Méchanceté gratuite"

NOTRE SELECTION