This is not a love song 2016 "Day 2"


Jour 2 : NO ZU / WEAVES / LUSH / ALGIERS / AIR / LUH / BON VOYAGE ORGANISATION / CAVERN OF ANTI-MATTER / DINOSAUR Jr

Un ami me confiait récemment avoir découvert - trop tard – le mode d’emploi du festival : il suffit de ne pas tout miser sur les têtes d’affiche et de leur préférer les groupes inconnus. Je ne saurais mieux dire. Les groupes inconnus sont ici légion pour qui a résilié son abonnement aux Inrocks il y a déjà un bail, ou n’aurait simplement pas pris le temps de décortiquer attentivement le programme. Le premier s’appelle No Zu et donne à voir une horde de fêtards qui transpirent la drogue et le sexe. « Ça fait un peu ESG », nous a prévenu un copain croisé dans le sas, et il y a de ça. Il y a aussi du Tom Tom Club dans ce funk blanc déconneur, dans ces voix de filles autoritaires qui ont choisi l’exhortation à la fête plutôt que l’application ; on peut également trouver du !!! dans ces déhanchements tout en débardeurs, saxophones et moustaches, et du Happy Mondays dans ce je-m’en-foutisme béat. On s’en prend une bonne rasade avant de céder à la tentation d’aller picorer d’autres miettes ailleurs.

COO COO

Bingo. Sur la scène du club, une chanteuse black au sourire inamovible sous son épaisse touffe orange évoque tout à la fois Cesaria Evora, pour la silhouette, et le Robert Smith des années pop pour la gestuelle enfantine (et pour la silhouette aussi, à bien y réfléchir). Ce qui sort de sa bouche rappelle le piaillement d’une Betty Boop qui aurait adopté les intonations traînantes de Billie Holiday (le drame en moins), et donne toute leur consistance aux comptines cabossées, aux grooves concassés que tricotent avec bonne humeur ses trois comparses. Ce quartet de galopins joueurs passe vivement d’une pop pied au plancher à une stoogerie hirsute, d’une soul de traviole à une tournerie afro-punk démente. Ça guinche, c’est joyeux, frais, déroutant, facétieux, malin, furibard à l’occasion, zébré de belles fulgurances, totalement addictif et c’est pile-poil ce qu’on attend de TINALS : de l’imprévu, du merveilleux ; un truc qui attrape par la peau du cul le schtroumpf grognon qui squatte en permanence votre épaule, et qui le balance un moment dans un réduit quelconque fermé à double tour. Je n’ai toujours pas fait les présentations, parce que je n’ai découvert le nom de ce groupe qu’après avoir quitté la salle, gonflé à bloc. C’est Weaves, donc, et ça reste pour moi un moment absolument mémorable de cette édition.

CHROME

Lush fait partie de ces noms qui font très joli sur une affiche de festival, et qui contribuent à rameuter les anciens de l’adolescence, un peu perdus depuis qu’ils ont résilié leur abonnement aux Inrocks. Et ils sont tous là, il suffit pour s’en convaincre de balayer l’assistance du regard. Sauf qu’il faut bien se rendre à l’évidence : un festival ne saurait être le lieu de retrouvailles émues avec des copains musicaux d’avant. Trop de monde, trop peu de temps, trop de propositions, surtout. Tout ça dilue l’émotion qu’on pouvait attendre d’une rencontre avec quelques musiciens découverts quand on était (plus) petit, sur K7 chrome. Sans parler de la nostalgie qui, on le sait, n’est plus ce qu’elle était. On le vérifiera plus d’une fois cette année encore. En ce qui concerne Lush, le mal est moindre (pour moi, en tout cas) simplement parce que je n’ai jamais été fan. Comme pour Slowdive deux ans auparavant, la reformation de cette légende indie shoegaze m’a laissé de marbre, vu que je n’avais pas assez d’oreilles ou d’espace de cerveau disponible, à l’époque, pour d’autres que Ride. Grâce à des gens qui suivent, j’ai néanmoins appris que le batteur de feu Elastica avait remplacé feu le batteur originel, suicidé, et que le bassiste jouait de temps en temps avec The Jesus and Mary Chain. Bien, bien. Et sinon, ben c’est sympa, mais on s’ennuie un peu, quand-même, non ? Si.

PLOMB

Surtout que sauf erreur, Algiers vient d’attaquer. Oui, c’est le mot juste. Contrairement à Weaves, je connais leur nom, mais c’est à peu près tout. Je me souviens aussi des mots « gospel » et « abrasif » qui forment un genre d’oxymore plutôt attirant, et que j’ai dû lire ici ou là à leur sujet. Rien qui vous prépare à cette monumentale claque, en tout cas. Là encore, ça tient sans doute à peu de choses. Probable que si j’étais resté sagement au fond de la salle, je me serais éclipsé avant la fin. Mais là, j’ai envie de voir de près, et je me laisse piéger par les caissons de sub, tout devant. Là où ça souffle, où ça sent l’émeute, l’insurrection et la transe malade. Là où il n’y a de place que pour cette sauvagerie tribale, ces chorales d’ectoplasmes, ces working songs d’un monde sans travail. Les trois gars d’Algiers et leur copain métalleux aux fûts (j’ai découvert plus tard qu’il s’agit en fait de l’ancien batteur de Bloc Party), semblent être arrivés là par la Route de Cormack McCarthy, à en juger par l’effroi qui se lit dans leurs yeux et qui fait trembler la voix de l’impressionnant chanteur (il s’adresse pourtant au public avec douceur et dans un français presque sans accent). Mais peut-être que le monde post-apocalyptique dont ils nous balancent la bande son est moins lointain et fictionnel qu’on ne le croit, pour peu qu’on soit né noir dans un suburb d’Atlanta. Quand le bassiste / beatmaker n’envoie pas des secousses sismiques à vous faire trembler les chaussettes, il crache et gesticule beaucoup, avec des spasmes rageurs qui évoquent autant une tektonik déviante qu’un terrifiant haka. À l’autre bout de la scène, le guitariste tire de son instrument, parfois à l’aide d’un archet, des stridences indus’ qui paient leur tribut à Blixa Bargeld . Tout cela vous agrippe et ne vous lâche plus, tout cela fait tenir toutes droites des chansons possédées, glaciales et incandescentes (et vas-y que je t’oxymore un peu plus le machin), saturées de parasites et de frissons mauvais, dont on se fout finalement de savoir si c’est de la trap, du gospel ou du noise-core expérimental. C’est une grosse claque, point. Et au moment de faire les comptes, c’est bien Algiers qui grimpera sur la plus haute marche de mon podium.

GOLD

On avait particulièrement apprécié, l’an passé, de pouvoir souffler un peu en compagnie de Neil Hannon juste après l’éprouvante prestation de Sun Kil Moon, comparable, dans l’intention, du moins, à celle d’Algiers. Le baume apaisant s’appelle cette fois-ci Air. Et bien sûr, le retour de la paire Godin-Dunckel fait partie de ces grosses locomotives qui vous font dire « ah oui, quand-même » quand vous découvrez la prog’ dans le printemps naissant. On se doute pourtant que ça ne va pas être le feu, hein ; chacun sait que Versailles est le royaume des eaux bien plus que du feu. Mais ça peut ne pas être trop mal, me dis-je, prudent. J’ai pourtant réalisé a posteriori que c’était le seul concert dont je pouvais me vanter de connaître les titres de trois chansons consécutives : l’impeccable J’ai dormi sous l’eau, enchaîné avec Cherry Blossom Girl, puis Kelly, watch the stars. Je crois qu’il y a eu deux morceaux avant cette triplette. Ce qui fait que j’ai dû tenir sur une longueur de cinq titres. Hé, ho, c’est pas mal quand-même, non ? De toute façon, je ne voulais pas partir avant d’avoir entendu un titre de Moon Safari. Persévérer au-delà, ç’eût été de la gourmandise… Non, mais ça joue bien, hein… Le son est super. La basse de Nicolas claque à merveille, les canevas de Rhodes et de Moog de Jean-Benoît sont très jolis, personne ne vous dira le contraire. Mais bon sang, honnêtement, on s’emmerde un peu. Bon, dans le club, ça aurait été super, mais évidemment, dans le club, ça n’était pas possible, comment voulez-vous ? Pas grave. On continuera d’écouter les disques ; ils sont très bien.

JE M’ÉCLATE AU SÉNÉGAL

Passage éclair par la grande salle, histoire de me souvenir pourquoi je n’ai jamais écouté ce disque de Wu Lyf que les inrocks, une décennie plus tôt, m’avaient obligé à acheter, sinon, ils tuaient ce chien. Leur plus grand groupe de tous les temps de la semaine était quand-même assez chiant, et LUH, nouveau projet de son chanteur, n’est peut-être pas si mal mais le cœur n’y est pas. Le Club m’attire encore, autant que le nom de Bon Voyage Organisation m’intrigue. Grosse ambiance disco tropical dans son jus, façon « deuxième choc pétrolier ». Deux types aux claviers se font face à cour et à jardin, l’un d’eux balance d’incroyables lignes de basse bien fat, l’autre, des envolées de Moog nourries au même sein giscardien que celles d’Air, grosso modo. Un Antoine Doinel filiforme, telecaster en plastron, tricote des cocottes funky sans discontinuer, l’air tout à fait ravi. Ses épaules et son menton rivalisent de saccades et ses talons font des pas chassés assez captivants, mais pas autant, bien sûr que cette front-girl furibarde, pantalon à pinces et chemisier grand ouvert (oui, bon, on imagine que c’est fait pour être un peu remarqué, quand-même), belle plante vénéneuse au regard sévère, curieux croisement de Lizzy Mercier-Descloux et de Mélissa, métisse d’Ibiza, prise dans le mouvement perpétuel de ses maracas. Une flute traversière traverse tout ça comme il faut, et on serait à peine surpris de voir débarquer un jeune Alain Chamfort, cintré dans un Monsieur de Fursac crème, au milieu de ces ambassadeurs d’un autre temps. Ou Idi Amin Dada. En tout cas, c’est groovy et sexy au possible, exotique et inconséquent, comme un voyage en Caravelle en compagnie de Maritie et Gilbert Carpentier vers un quelconque dancing françafricain. Bon, c’est l’bordel, là, Carpentier.

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TINALS, terre de contrastes nous suggère un petit tour au bout de son monde pour aller jeter une oreille à Cavern Of Anti-Matter, dont on croit se souvenir qu’il s’agit du projet krautrock de Tim Gane. « Mais siiii, tu sais, le mec de Broadcast », glisse-t-on avec assurance à un ami croisé en route. Sauf que non, évidemment, puisque Tim Gane, c’est « le mec de Stereolab », plutôt. Fail. Pour le reste, c’est bel et bien du krautrock, aucun doute possible. « C’est chiant, c’est toujours pareil », entend-on ici et là. Plus drôle, « On dirait une intro de Balavoine » remporte la palme de la meilleure punchline de la soirée. Et il y a un peu de vrai dans tout ça. C’est chouette, mais ça lasse. Peut-être parce qu’on s’en est mis bien assez dans les oreilles pour la soirée, aussi. On va quand-même se faire secouer les cheveux par le double mur de Marshall de Jay et Lou.

LES DEUX TOURS

Pas trop longtemps, parce que les copines en ont un peu marre, là. Juste le temps de vérifier que Dinosaur Jr est bien fidèle à sa réputation (les gars doivent avoir de grosses parts dans un consortium de correction auditive, c’est pas possible autrement), que la voix de Mascis est bien aussi traînante (limite rampante) que prévu, et que l’ambiance générale est bien aussi WTF qu’on le prétend. Mascis semble penser davantage à sa prochaine BBQ party qu’à ce job qu’il fait sans trop états d’âme, Barlow maltraite consciencieusement ses cordes de basse et le batteur, dont le nom m’échappe, cogne. Et puis voilà. C’est très très bruyant. C’est du rock. C’est aussi une poignée de chansons écoutées jusqu’à la corde il y a vingt ans sur une K7 chrome qui a probablement perdu toute forme humaine, et qui pouvaient vous rendre littéralement dingo, je vous jure. Un sentiment qu’il est un peu vain de chercher à éprouver encore aujourd’hui. Voilà le message subliminal que semble contenir cette performance sans le moindre supplément d’âme. Sans trop d’âme, même. Comme si Dinozôrjuniôre ne servait qu’à nous rappeler qu’il ne faut pas prendre les vessies pour des lanternes, qu’on se plante souvent, que la vérité est ailleurs, par exemple au fond d’un sofa avec une bonne Bud devant un match de base ball. Ou pas. N’empêche que je quitterai les lieux avec Start Choppin’ au fond du crâne, et ça me durera une bonne semaine. La vie est ailleurs.


Le 19 juin 2016, par Manu

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