This Is Not A Love Song 2015 "Day 3"

Label :


TINALS – Day 3

Mets de l’huile

Franchement je me demande comment font certains pour enquiller 3 jours de This Is Not A Love Song et recommencer le week end suivant avec Primavera à Porto. Super pouvoirs ? Et si cela tenait plutôt au fait qu’ils sont venus au monde alors que la pub Royal Canin (voir TINALS – Day 1) tournait encore en boucle sur Antenne 2 ? Ce qui correspond grosso modo à l’époque de mon premier festival de rock, aux arènes du Crès. Il y avait Regg’lyss (qui n’avait pas encore trouvé la recette de l’huile) et aussi Sherwood. http ://www.45toursderockfrancais.net/rockfrancais/sherwoodv.htm Rien qui permette d’affirmer que c’était mieux avant, donc. Enfin, ce qui était mieux, quand même, c’est un ensemble d’aptitudes physiques dont on peine à retrouver la trace, en ce troisième jour à Nîmes.

Mozzer fuckers

Les organisateurs ont toutefois pensé à nous, les yeuv’, en programmant en début de soirée une sorte de remontant aux vertus supposées d’energy drink. Sleaford Mods, donc, réputés sauveurs de l’esprit punk prolo britannique. Le parfait négatif de Neil Hannon, en somme. Tous ceux qui ne jurent que par The Fall kiffent sérieusement ce duo de lads mal embouchés. Les amateurs de poésie crachée, idem. Sans doute faut-il avoir grandi comme eux dans la banlieue ouvrière de Nottingham pour goûter de manière optimale l’âpreté des textes, mais pour ce qui est d’apprécier l’intégrité de la démarche et la radicalité de l’attitude, on se débrouille autrement, semble t-il. On s’inquiète un peu pour le chanteur qui, avec son impressionnant débit de postillons, risque sérieusement la déshydratation. Son poto ne risque absolument rien, lui, avec sa canette de bière inamovible, fièrement dressée devant ses parties génitales, son dodelinement aux allures de mouvement perpétuel (oui, comme le berger allemand de la pub Royal Canin sur la plage arrière de la R16 de papy) et son air ravi. Alors que son partenaire s’égosille, sa tâche à lui se résume visiblement – sur scène en tout cas - à appuyer sur la touche « envoi » du laptop à chaque début de morceau pour balancer ses boucles de basse punky. C’est pur. Et un peu gonflant à la longue, il faut bien avouer, même si ça requinque un peu.

Mud on the tracks

Le soleil couchant va bien au teint de Unknown Mortal Orchestra. Le trio de Portland est devenu quartet avec l’arrivée d’un clavier qui scelle la dimension soul des compos de Ruban Nielson. La découverte de UMO sur la scène du Rockstore à l’automne 2013 avait produit un bon petit choc. Merci qui ? Merci Rock It To The Moon. Et merci Fifi. Notre salle préférée sortait alors de 9 mois de travaux et les américains étrennaient quasiment la nouvelle sono, dont on a cru un instant qu’elle ne valait pas bézef, à entendre ce qui en sortait. On a vite compris qu’il s’agissait là d’un réel parti pris, Nielson étant apparemment très attaché aux salissures sonores, comme on l’a ensuite découvert sur disque. Et quand on possède une voix et un jeu de guitare aussi expressifs que ce natif de Nouvelle Zélande, le son crado est un élément qui ouvre de très intéressantes perspectives. Une rythmique parfaite dans son jus seventies, des textures sonores cousines d’un certain psychédélisme façon XXIe siècle (Tame Impala, bien sûr, et consorts), des mélodies onctueuses payant leur tribut à papy Macca, et un groove top sexy ; voilà largement de quoi arracher quelques hochements de tête approbateurs, assortis de ses légendaires « mouaaaiis, c’est pas mal » à notre ô combien regretté copain Fifi, chauffeur en chef de la Cadillac rouge. A qui on pense, forcément en retrouvant les gars de UMO. Mais Fifi n’est plus là. C’est moins drôle, assurément. Et le concert s’avère un poil trop laid back, au regard du souvenir qu’on garde d’une prestation toute en tensions, au 20 rue de Verdun. Le soleil couchant leur va bien au teint, mais ça nous les rend aussi un peu mous du genou, à moins que cela corresponde simplement à l’humeur générale du nouvel album, pas encore écouté. Mais bon, ça reste bien sûr très plaisant.

A short term effect

Arrive l’heure du dilemme. D’un côté les Canadiens de Viet Cong, récents champions d’un post punk réminiscent, et de l’autre The Soft Moon rénovateurs (?) californiens d’une cold wave millésimée, badigeonnée au shoegaze. Pour être honnête, on ne connaît bien ni les uns, ni les autres. Ploum ploum… l’enthousiasme des copains fait pencher la balance du côté du club ou les Canadiens déroulent leurs compos racées et nerveuses. « Je ne sais pas qui a utilisé ce micro juste avant, mais bon sang, ça schlingue ! » nous dit le flegmatique chanteur bassiste. Juste avant, c’étaient les affreux métalleux de Weedeater, rapidement aperçus sur l’écran du patio. Tout ça est assez raccord. Chez le Viet Cong, ça mitraille, ça défouraille et ça tatapoume sans la moindre pose calin, avec un chanteur vindicatif qui a exclu le mot « mélodie » de son vocabulaire. Le gars est cerné par des guitares qui crissent dans les aigus, le jeu scintillant du barbu de gauche (non, ami lecteur, aucun pléonasme tendancieux ne s’est glissé dans cette phrase) évoquant le regretté John Mc Geoch (Magazine, The Banshees, P.I.L.). Sans doute est-ce là l’effet de la fatigue accumulée : ce boucan génère quelque chose qui se rapproche davantage de l’hypnose que de l’excitation. Avant de m’endormir debout, porté par une foule archi compacte, je mets les voiles, et rate ce morceau d’anthologie (selon des sourds bien informés) :

Si Viet Cong a choisi d’explorer le versant la plus rêche et abrupt d’une musique très clairement enracinée dans les années 80, The Soft Moon semble à priori en avoir retenu essentiellement la froideur et l’ampleur, ne concédant à l’époque que quelques tombereaux de décibels au dessus des normales saisonnières. Il est très curieux et assez déroutant de se laisser ainsi pénétrer (oui, bon, façon de parler, hein) par ce déluge réverbéré et flangerisé à outrance, dont l’austérité glaciale rappelle furieusement le Cure de Pornography, sans pour autant qu’il soit possible d’y déceler la moindre trace de… chanson. Certes, l’ensemble impressionne par la maîtrise instrumentale et l’efficacité sonore déployées, on s’y croirait vraiment, jusqu’à ce qu’un étrange sentiment de vacuité émerge, et noie le poisson assez rapidement, d’ailleurs. Si bien que The Soft Moon ne produit qu’un effet à très court terme, comme celui que chantait gros Bob au top de ses errements lysergiques. Après, qu’on puisse se sentir soulevé par ce truc n’est peut-être pas si incongru, pour peu qu’on soit né à l’époque de la pub Royal Canin. Wouaf. (la semaine précédente, en Belgique)

New York cares

Ok , ok, je vais faire mon vieux con dehors. Foxygen passe communément pour une des valeurs les plus sûres ayant émergé ces dernières années, mais je n’en ai jamais écouté la moindre note. Je croyais qu’il s’agissait d’un duo, alors qu’ils sont toute une tripotée, derrière un trio de pom pom girls ayant apparemment décidé de ne pas trancher entre le lol et le sexy. Le son est à peu près aussi catastrophique que la veille pour Ariel Pink, et la démarche, pas si éloignée. Chez Foxygen aussi, on brasse et on téléscope à tout va, comme on le verra plus tard. Pour l’instant, ça mouline en boucle un riff à peu près aussi cocaïné que ce chanteur qu’on ne découvrira qu’après que la sécu l’ait finalement autorisé à monter sur scène, alors qu’il gesticulait dans la fosse.

Trop de couleur distrait le spectateur, disait Tati. Le show en technicolor de la troupe Californienne confirme l’adage. Les jeunes gens s’amusent à détourner tous les clichés du rock’n roll circus, avec bastons simulées entre musiciens et succession de numéros potaches, à la limite du stand-up. La palme revient évidemment à ce chanteur à l’outrance étudiée (jusqu’à la poutre apparente dans son costard genre Serious Moonlight Tour), qui donne l’impression d’être resté coincé dans le clip de l’horrible Dancin’ in the Streets, ou Bowie et Jagger rivalisaient de bouffonnerie grotesque. Tous les autres Stones ainsi que les Spiders from Mars s’invitent d’ailleurs régulièrement dans la musique qui accompagne ce spectacle. Tour à tour, ou ensemble, c’est selon. Ça vire parfois disco, aussi. C’est la fête à neuneu, en gros. Ce qui détonne un peu, dans cette programmation dominicale à dominante dark, mais c’est sûrement réfléchi. Comme si on était venu voir Norman fait des vidéos, franchement… Non, c’est sympa comme tout, mais pour ce qui est de l’envie de se précipiter sur les disques une fois passée la blague, et ben, comment dire… A ce stade, le radar ne fait plus bip bip que pour Interpol et Allah-Las, mais on n’est pas à l’abri d’une surprise, après tout, l’édition passée nous en avait réservé quelques unes assez fameuses. D’un point de vue strictement visuel, Drenge offre un spectacle similaire à celui proposé par The Soft Moon. Mêmes poses, mêmes jeux de scène, mêmes guitares (reste t-il réellement des Fender Jaguar ou Jazzmaster en magasins, sérieux ?) même… heu…néant. Et quand on monte le son, c’est juste du grunge clinique gonflé à l’hélium. Du coup, Teenanger avec sa resucée de punk rock 77 aurait presque des allures de fleur poussant sur le fumier. Ces gars (et fille) mal fagotés, à peu près dépourvus de charisme, semblent par contraste nimbés d’une fraicheur bienvenue. Pas de quoi s’attarder outre mesure, et nulle trace de cette bonne surprise espérée, mais quand même. Au premier rang, le batteur peroxydé de Viet Cong pogote nonchalamment. Interpol ? Allez, Interpol. Tiens, Turn on the Bright lights est un grand ado de quatorze ans. Je m’en souviens d’autant mieux que, de manière très personnelle et sentimentale, NYC - son highlight -, a constitué, en ce qui me concerne, la bande son abasourdie du 11 septembre. Ou plutôt des jours qui ont suivi. Musique de l’effondrement, musique de cathédrales sonores repoussant le nuage de poussière, musique cathartique, musique de résilience. Je n’ai pas prêté une très grande attention aux disques suivants. Toujours est-il qu’Interpol fait aujourd’hui figure de vétéran gothique (de Gotham, plutôt qu’au sens « corbac ») quand à l’époque, tout le monde (ou presque) conspuait ces Joy Division « light ».

La blondeur et la pâleur conjuguées de Paul Banks (sans parler du rétro éclairage, nouvelle norme en matière de light show) ne me permettent pas d’affirmer avec certitude qu’il s’est laissé pousser la moustache, mais il me semble que ses faux airs de Stuart Staples pourraient bien venir de là. La comparaison s’arrête ici, Tindersticks affichant une classe naturelle insolente quand Interpol ne peut que l’entretenir de manière un peu laborieuse et artificielle. Et surtout – et c’est flagrant en live – les chansons des New Yorkais, pour correctes et bien fichues qu’elles soient, manquent quand même un peu d’épaisseur et d’engagement de la part de leurs créateurs. C’est un peu lisse, tout ça, quoi. Le grand échalas au look très Famille Adams qui tenait jadis la basse a été remplacé par un clone des Ramones. Et quand le guitariste Daniel Kessler se perche sur les praticables de bord de scène, c’est malheureusement à The Edge qu’il fait penser… Le set distille un ennui confortable, dont je m’accommode finalement, vu l’heure qu’il est, et le peu de chemin restant à parcourir avant la fin du festival. J’envoie un texto télépathique à Banks : « Si vous jouez NYC en rappel, j’annule tout ». Raté. Pas de réseau. L’heure n’est plus à la catharsis ni à la résilience, dirait-on.

Allah, ou à ce bar ?

J’arrive à convaincre mes copines de covoiturage de la nécessité absolue de voir au moins un bout du concert de Allah-Las avant de décoller ; de s’injecter un peu de Californie sixties avant d’aller dormir. Pas de chance, les deux premiers morceaux ressemblent à un soundcheck, avec un son tout riquiqui réellement surgi des années 60, et des harmonies vocales assez approximatives, ce qui est franchement dommage quand on sait leur importance dans cette musique là. Et puis on aurait bien aimé les voir programmés un peu plus tôt, surtout.

On s’éclipse donc, un peu à regret. Ce concert figurant dans pas mal de Top 5 d’amis au goût exquis, j’en déduis que ça a dû prendre une tout autre tournure par la suite. Tant pis. Il ne reste plus qu’à espérer que des programmateurs inspirés aient l’opportunité de les faire jouer à nouveau dans nos contrées. Pour l’heure, on quitte Nîmes avec un sentiment mitigé, un peu plombé par ce dimanche pas mémorable, et par une ambiance générale un peu moins euphorique que les années précédentes. Allez, ce sera mieux l’an prochain.


Le 14 juin 2015, par Manu

This Is Not A Love Song 2015

Day 2

This Is Not A Love Song 2015

Day 1

Archives

Royal Blood "Méchanceté gratuite"

En prévision des festivals à venir, je révise les groupes qui sont passés sous mon radar. Royal Blood, donc. Doux Jésus c’est tellement nul, fade, ringard. Je n’arrive pas (...)

Lire l'article


This Is Not A Love Song 2017 "Indie Music Festival – Nîmes, Paloma - Du 09 au 11 juin 2017"
Angelo De Augustine "Swim it to the moon"
Radio Clapas "Emission #23 (13/06/2017)"
Radio Clapas "Emission #22 (30/05/2017)"

NOTRE SELECTION