This Is Not A Love Song 2013 "Day 3 & 4"


Jour 3 : Birth of Joy / Mac Demarco / Bass drum of death / Dinosaur Jr / Miles Kane / Blackstrobe / TNGHT

Arrivé trop tard pour Reverso Mecanic, le festoche commence pour ma part avec Birth of Joy. Un accouchement sous péridurale en ce qui me concerne : le groupe pratique une sorte de rock psyché vintage qui me laisse indifférent. Tous les clichés du genre sont réunis, de la chemise à jabot du chanteur à l’hommage à Hendrix : le concert est exactement celui qu’on peut imaginer avec autant de variations plus ou moins musclées autour du "Roadhouse blues" des Doors. Ceci posé les amateurs ont dû se régaler car la formation a un son d’enfer, notamment le préposé aux orgues qui assure avec fougue les lignes de basses et délires psychédéliques.

La foule n’étant pas au rendez-vous, on peut très agréablement naviguer entre les deux scènes et ne pas rater le début de Mac Demarco, qui se livrera à une prestation parfaite pour l’apéro. Le mec est très drôle, multipliant les références white trash ricaines ("ce morceau est une reprise de "Jeremy" de Pearl Jam" en introduction de l’un de ses morceaux, qu’il terminera en imitant la voix d’Eddie Vedder), les poses caricaturales de dieu du rock, genou à terre, et autres facéties à l’avenant. Jadis, on qualifiait Pavement et leur rock savament alambiqué de branleurs. Reste à trouver le terme adéquat pour ce genre de performance entre le concert et le stand up, car il faut bien reconnaître que les compos sont souvent très légères.

Changement de salle pour découvrir Bass drum of death qui avec un nom pareil laisse présager d’une prestation à la Spinal Tap. Ce sera beaucoup moins marrant en fait : deux guitaristes accordés quelques tons en dessous et un batteur pour un croisement plutôt improbable entre les Posies (pour le gros son mélodique) et Girls (pour la voix), le tout restant malheureusement assez terne.

En parlant de gros son mélodique, voilà que les Dinosaur Jr se pointent. Trio en ligne, batteur au milieu à la Shellac. Le concert révéle toute l’originalité de leur musique, à la fois violente mais douce, grunge mais pop, le tout n’oubliant jamais les racines hardcore de ses membres (ils se livreront même à une reprise de leur premier groupe, brûlot d’une minute). Lou Barlow à la basse est impressionnant, on se rend compte du volume sonore qu’il génère quand Jay Mascis fait taire sa guitare entre deux solos déjantés. Si on aura tout le loisir de goûter sa prestation de guitariste il n’en sera pas de même pour sa voix, littéralement noyée dans l’ensemble. La setlist pioche assez peu dans le dernier album, dommage, j’aurais bien aimé entendre le superbe Don’t pretend you didn’t know. Ca n’a pas empêché, en tous cas, les pogos de démarrer assez rapidement.

Miles Kane m’a rapidement emmerdé. Le groupe joue bien, le son est nickel, sa voix me rappelle agréablement l’excellent album des Last Shadow Puppets mais c’est vraiment plat au possible. Petit tour du côté du Club où Blackstrobe se livre à son caricatural spectacle habituel, beaucoup moins drôle que celui de Mac Demarco. La musique est pas mal mais Rebotini n’a visiblement toujours pas compris qu’il ne sera jamais Dave Gahan : son chant et ses poses de tatoué musclé tout en noir t’as vu sont plutôt embarrassants. Retour sur la grande scène où il ne reste plus grand monde pour accueillir les mecs-derrière-un-laptop du jour : Tnght. Les happy fews ont l’air contents et remuent au rythme des basses éléphantesques qui sortent de l’ordinateur et obéissent aux injonctions du mec-derrière-le-micro qui leur crie de faire du bruit. Il est temps de rentrer.

Laurent

Jour 4 : Hifiklub / Griefjoy / Grindi Manberg / Daniel Johnston / Fauve / The Breeders / La Femme / Jackson & His Computer Bans / Hanni El Khatib / Busy P

Grosse soirée en perspective, quand même, là, non ? Si, si. Un signe qui ne trompe pas : les wagons de Montpelliérains affrétés pour l’occasion, qu’on salue dans le patio tout en s’hydratant comme s’il faisait une température nîmoise de fin mai. Si on avait préalablement étudié le programme du jour avec une attention un peu plus soutenue, on serait à coup sûr allé jeter une oreille au stoner rock de Hifiklub, des copains toulonnais de Lee Ranaldo, paraît-il, dont le nom laissait plutôt présager un genre d’éléctro rigolote. C’est nul, les noms, des fois, je vous jure. Au lieu de ça, on papote, on papote.

On se décide mollement à entamer la soirée avec Griefjoy, également inconnus au bataillon. Ils sont jeunes, fringants, et présentent vraiment bien. Surtout le chanteur pianiste, dont on n’apprécie sans doute pas à leur juste valeur l’habileté vocale et le toucher de clavier. Peut-être parce que l’ensemble évoque instantanément des choses qui ne font pas trop plaisir, genre Muse ou Elton John, avec des montées limite eurodance. Un groupe qu’on verrait plus volontiers au stade des Costières qu’ici, mais bon, les goûts, les couleurs, tout ça… Quand je dis « on », c’est parce qu’on est plusieurs, ok ? Et oui, c’est vrai, dans ce cas, on dit « nous », pas « on ».

On se replie donc sur la salle club pour clore le triptyque inaugural de groupes pas, peu ou moyennement connus, dont on verra plus tard qu’il aurait peut-être été plus judicieux de les dispatcher différemment dans la soirée, histoire d’éviter d’assez fâcheux engorgements. Je dis ça, je dis rien, hein, chacun son job après tout. Grindi Manberg, (je viens à peine de comprendre qu’il s’agit de l’anagramme du nom de la maman d’Isabella Rossellini, quel bêta !) donc, ne recueille pas davantage les suffrages de mes compagnons de soirée qui s’éclipsent fissa. Je persévère sur deux titres supplémentaires, histoire de confirmer mon intuition : j’aurais pu beaucoup aimer, quelques années en arrière. La voix, là aussi, est plutôt démonstrative, le lyrisme assumé et teigneux. Jeff Buckley, Overhead, tout ça, avec des chansons qui tiennent la route. Mais ne nous laissons pas distraire pour autant, car l’heure du recueillement approche.

Non, sérieusement, la dévotion qui entoure la figure quasi christique de Daniel Johnston, ça fait un peu flipper, non ? N’y voyez pas offense, hein, moi aussi, c’est bien lui que je suis venu voir en priorité, ce soir. Mais quand même… Chez Dan, on vient flirter avec la démence ; se pâmer devant l’innocence perdue de quand on avait sept ans, et que lui a su conserver bien au chaud, le salaud ; se refaire une virginité spirituelle et pleurer à chaudes larmes en enviant la pureté cabossée de ce colosse prostré, tremblant, écumant et chevrotant, ravagé par les neuroleptiques. Pour moi, ce sera sans neuroleptiques, la pureté, s’il vous plaît. Bref, l’un dans l’autre, on vient quand même un peu au freak show, bien que vous trouverez peu de gens prêts à l’admettre. Il suffit de laisser traîner ses oreilles dans le patio et les couloirs après le concert pour se convaincre que la planète indie rock semble tienir là son Rain Man underground. A part ça, et comme on le savait déjà, il y a évidemment chez Danito de sacrées belles chansons dont on se fout de savoir si elles sont lo-fi (ce soir là, elles ne l’étaient pas, mais elles étaient admirablement portées par un groupe sobre et loyal qui faisait vaguement penser à The Band), et d’autres qu’on trouve juste marrantes alors qu’elles sont potentiellement liées, pour lui, à des trucs réellement épouvantables. Ce décalage gardera probablement son mystère, et continuera d’alimenter ce curieux mélange de vertige enfantin et de frisson morbide dont le public se délecte. Houlà, ça mousse un peu, là, non ? En tout cas, même si le festival de louanges transies, extatiques et un poil compassées d’after show m’a légèrement barbouillé, je dois dire que je l’ai trouvé très bien, ce concert. Bon, mettons cette ostentatoire pluviométrie lacrymale sur le compte du dérèglement climatique et dirigeons nous subrepticement vers la pure sensation du moment, le collectif sans visage, chantre post-moderne du mal-être 2.0 (hou, c’est laid, ça !).

Sans avoir jamais écouté la moindre note de Fauve (et merde, il est ou le signe « pas égal », sur le clavier ?), j’étais comme tout le monde assez curieux d’associer des images, des sons, des sensations à ce buzz nébuleux. A propos de fauve et de nébuleux, figurez vous que je viens d’apprendre l’extinction totale de la panthère nébuleuse de Taïwan, dont j’ignorais l’existence. C’est pas des conneries, vérifiez. N’empêche, ça aussi c’est triste. Sinon, pour ce qui est du Fauve qui nous occupe, ce sera (ou pas) pour une autre fois, car la salle est archi comble, paraît-il, et une longue file de refoulés du Fauve attend déjà à l’entrée que d’hypothétiques déçus sortent au compte goutte, pour pouvoir espérer grappiller quelques miettes à leur tour. Ça commence à rouméguer sévère dans les coursives. Heureusement (? ??), la parade est prévue, et le son de la salle est diffusé dans le patio, ce qui nous permet de découvrir avec stupeur qu’un type, à l’intérieur, récite à toute vitesse des dialogues de films de Christophe Honoré sur une trame musicale neurasthénique et sans relief. On l’a appris depuis : ces gars aiment bien faire de la mobylette. Hmm…Gérard Lambert 2.0, donc (mouais, pas joli, ça non plus, ok). A ce moment là, une vraie question se pose : il est où, le type qui a parlé de « nouveau Diabologum » ? Mince, mais c’est quoi, à la fin, cet esprit atrabilaire que je me traîne ? De quoi est-ce donc le nom ? De la météo foireuse ? D’un âge bien trop avancé pour kiffer la vibe et comprendre les vrais problèmes de la jeunesse ? Aaaah mais non, je sais : ce soir, Sam, c’est moi. Les boules.

Quoi encore ? Ah oui, les Breeders. Dire qu’on attend ça avec impatience serait exagéré. Last Splash, oui, bon, la k7 traîne sûrement encore au fond d’un tiroir, et Cannonball reste ce truc qui a dû servir mille fois d’illustration sonore dans des émissions sportives, du moins j’imagine.

Ah ben tiens, justement, Josephine Wiggs attaque le fameux glissando de sa géniale ligne de basse dès que je franchis le sas. Quoi ? Déjà Cannonball ? Attends, elle est où, la k7 ? Mais oui, c’est vrai, elles jouent l’album dans l’ordre ! Mais c’est que ça roule plutôt bien, cette histoire, finalement. Kim Deal et ses copines sourient à s’en décrocher les zygomatiques et ça ne ressemble pas du tout à du chiqué. Ça papote, ça balance des vannes, ça baragouine deux trois trucs dans un fwancey approximatif, et - pardon Boog – « ça joue ». Un peu bancal, certes, mais WTF ? On appréhendait une réunion vénale, donc sans âme, de vieilles gloires grunge, et nous voilà face à gang de ménagères du Midwest hilares, radieuses, réjouies comme à leur première BBQ party. Et puis les chansons remontent toutes seules à la surface de notre mémoire pas neuve, et on s’aperçoit qu’elles sont plutôt bonnes, en fait. Pourtant, on en avait lu, des commentaires acerbes de primavéreux hurlant à la supercherie (les Breeders étaient la veille à Barcelone). Don’t believe the hype, moi je dis. Si l’on pouvait mesurer l’amplitude observée entre le désir que suscite un concert et le plaisir qu’il procure au bout du compte, alors sans aucun doute, les Breeders exploseraient ce soir tous les compteurs. Bravo les filles, et merci. Dites, mais c’est qu’on frôle dangereusement la bonne humeur, là ! Allez, on se tente La Femme ? Ok, mais vous pensez bien que d’autres y ont déjà pensé avant. Le scénario Fauve se répète sans surprises. On restera donc dans le patio, à écouter distraitement La Femme d’à côté. Il faut croire que le tsunami médiatique balayant nos campagnes avant l’arrivée de la « nouvelle scène française » interdit désormais à celle ci - mais surtout à son public - l’accès aux trop petites salles. Bizarre que l’organisation n’ait pas anticipé le phénomène, ou juste songé à un plan B. Pour La Femme, on ne va certes pas en faire une maladie, même si encore une fois, il eût été appréciable de pouvoir mesurer les préjugés à la réalité. Après tout, on n’est jamais à l’abri d’une bonne surprise (cf Savages). Mais si cela devait se produire une troisième fois, disons pour Hani El Khatib, programmé lui aussi dans la salle club, avouez qu’il y aurait matière à s’agacer. Et vu la foule compacte massée dans le hall et le couloir, et qui déjà laisse échapper quelques jets de vapeur indignée, on se dit que ça n’est pas gagné. On sacrifie donc Jackson & his Computer Band (grande salle) sur l’autel de la prudence, qui nous dicte de ne pas bouger de là en attendant sagement la réouverture des portes du club. Surprise : quand cela se produit enfin, notre flot humain s’y engouffre tout compte fait de manière relativement fluide. Ouf.

J’ai beaucoup aimé le premier album d’Hani El Khatib, et pas du tout écouté le second. Aperçue l’an dernier à Barcelone sur une scène trop grande et devant un public assez clairsemé, sa prestation musclée m’a laissé un goût de « revenez-y voir si c’est meilleur la prochaine fois ». Nous y voilà. Le Californien déboule avec l’envie manifeste d’en découdre tout pareil, flanqué de deux cerbères basse/guitare à poils très longs. Coolitude méticuleuse, poses et gestuelle ultra étudiées, riffs basiques et gros son bien abrasif : HEK ne fait pas dans la dentelle, soucieux de coller scrupuleusement à une certaine orthodoxie rock’n roll qui se lit jusque sur ses avant-bras polychromes. Mais, là, allez savoir pourquoi, ça prend bien. On pourrait bien comme certains camarades, se pincer le nez devant ce déballage de testostérone, de clichés éculés, de sauvagerie appliquée, de bogossitude crâneuse, et trouver que les mélodies de certaines nouvelles chansons lorgnent un peu trop du côté d’une pop limite mainstream. Mais là, tout de suite, j’ai juste envie de décider que merde, ça fait du bien, c’est bon enfant, honnête et très plaisant. Je trouverai même touchant de voir parfois déraper le control freak sur tel solo pas hyper bien négocié ou telle fin de morceau de traviole. Le gars va régulièrement souffler des consignes à ses pistoleros ; on l’entendra même commander une giclée de stroboscope à l’éclairagiste, au plus fort d’un titre particulièrement rugueux. Je sors donc tout à fait ravi de ce qu’il est raisonnable de considérer comme le bouquet final de cette soirée, ne prêtant par la suite qu’une oreille très distraite et très intermittente au DJ set du Ed Banger en chef Busy P. Allez, promis : l’année prochaine, on reviendra, on boira frais, il fera chaud, ce sera super.

Manu


Le 5 juin 2013, par Manu

This Is Not A Love Song 2013

Day 1 & 2

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