Deerhunter "Concert total à Paloma"

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S’il est bien un concert qu’on attendait autant qu’on le redoutait, c’était bien celui là. Deerhunter sur scène, c’est quitte ou double, tant la prestation du groupe reste indexée sur l’état de forme, l’humeur, du leader tyrannique Bradford Cox.

Alors, quand le bonhomme débarque sur scène pour un tour de chauffe en tant qu’Atlas Sound sans un regard ni un mot pour le public, on s’inquiète. Les 40 minutes de son ne rassurent qu’à moitié. Evidemment (on en a pris l’habitude), aucun morceau tiré des 3 albums solo du chanteur, et on serait presque tenté de dire aucun morceau tout court, tant les expérimentations oscillent entre petits moments de grâce, foutage de gueule et ébauches mi improvisées mi maitrisées. Les hermétiques vont au bar, tandis que les fans peuvent aussi y voir la manière de Bradford Cox de travailler, de créer un morceau à partir d’un rythme, d’une note de clavier, voire d’une phrase "Have you ever seen a coarpse so small", psalmodiée à l’envie... Le malaise s’installe un poil lorsque quelques rires timides viennent perturber un interlude "What are you laughing at ? I’m not laughing (...). There’s only tears. Cry". Ambiance.

Alors lorsque Cox quitte la scène avec un unique "merci", on ne sait trop quoi penser, et on se demande à quelle sauce on va être mangé par la suite. Et il faut dire qu’on est pas au bout de nos surprises, puisque c’est un chanteur changé, et assez jouasse, qui nous revient, coiffé d’un chapeau de cowboy et d’une veste trop grande : "Hi we’re Deerhunter from Athens, Georgia and we’re gonna play some good old rock’n’roll for you tonight, the first song is called Living my life" (le tout avec un accent sudiste bien forcé). Et c’est Desire Lines qui débute. Humour.

Au bout d’un morceau, le groupe, complètement effacé derrière son leader omnipotent, rassure. Bradford Cox est dans un bon jour, le son lui convient, alors nous auront sourires, blagues (même sur son physique), et annonces des mauvais morceaux jusqu’à la fin. Même les quelques fans de ska festif (délit de faciès complètement assumé) perdues dans l’assistance ne parviendront pas trop à nous gâcher notre plaisir.

Les perles défilent, la part belle est donné au dernier album, et puis le moment tant attendu arrive avec une version monumentale de Nothing ever happened. Le groupe a pris l’habitude d’étirer, de triturer et de rendre méconnaissable son tube, et ce soir l’exercice durera 30 minutes. Le pont devient interminable, entêtant, Cox entame une conversation avec lui même, se répondant pendant une bonne dizaine de minutes en utilisant les deux micro à sa disposition, puis tout devient surnaturel lorsque qu’il confie sa guitare à un ado téméraire du premier rang, qui balancera des sons noisy (et très dans l’ambiance) pendant une bonne dizaine de minutes également. Tandis que Cox ira jouer de tous les instruments à la place de ses musiciens, l’ado poursuit son entreprise de destruction de tympans pour finir avec un Bradford Cox allongé devant lui, au premier rang d’un concert inversé. Alors qu’on ne l’attendait plus, le riff final du morceau arrive comme un cheveu sur la soupe par un Lockett Pundt aussi mutique que lors de son passage au Rockstore avec Lotus Plaza. Au terme de ce déluge sonore, le groupe (et surtout son batteur) s’éclipse, avant de revenir pour un Ad Astra avec les roles inversés entre bassiste et leader, puis un final grandiose Cover Me / Agoraphobia.

Une prestation de grande classe par un groupe tellement séduisant en studio mais tellement souvent décevant sur scène, qui a donné au club de Paloma un de ses concerts les plus mémorables.


Le 12 novembre 2015, par Pierre

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