Spiritualized "Fucked up inside"

Label : dedicated


Spiritualized electric mainline : Pure Phase (1995)

"Medicate my days

Medicate my nights

Medicate my life

Don’t it feel alright

Don’t it feel so good

Lord don’t it feel just fine

Leaves me fucked up inside"

Laze Guided Melodies, le premier disque de Spiritualized sorti en 1992, fut, de l’aveu de son créateur principal Jason Pierce tout juste affranchi de Spacemen 3, un difficile et pénible combat pour matérialiser ses idées et les mettre en forme de la manière dont il les avait en tête. Le manque de moyens, l’inexpérience en tant que leader à part entière, les difficultés à imposer la touche finale à des ingénieurs du sons formalisés et ses propres limites techniques ont rendu cet enregistrement frustrant.

Paradoxalement, les sessions d’enregistrement de l’album suivant s’étireront sur les majeures parties des années 1993 et 1994. Celles ci se dérouleront dans différents studios avec à chaque fois un ingénieur du son différent. Mais Jason Pierce ne veut pas retrouver les conditions du précédent album et montre les dents dès qu’un élément du processus s’éloigne de la voie qu’il a tracé. A commencer par deux des membres originaux du groupe (Mark Refoy et Jon Mattock) qui seront saqués en cours de route. Il se chargera lui même de la post production et du mixage final du disque avec deux proches collaborateurs. Il veut faire ce qu’il veut comme il l’entend et s’en donne les moyens quitte à passer pour un tyran mégalomane. Pure Phase, le second album de Spiritualized, qui pour ce disque s’attribue le suffixe Electric Mainline sort le 28 mars 1995 sur le label Dedicated.

Certainement le disque qui retranscrit de la manière la plus inhérente qui soit les sensations physiques et surtout psychologiques que procure un usage des drogues régulier et intense. Confusion des sens, , torpeur dépressive, fuite artificielle et altération de la conscience transparaissent sur toute la durée des 14 titres qui le composent. Jason Pierce n’a jamais vraiment occulté ses prises de stupéfiants tant musicalement que idéologiquement. Ses paroles et ses quelques confidences lors d’interviews de cette période ne laissaient planer aucun doute là dessus : "I think drugs and love are closely linked. All the good things are the things that fuck you up". Ok. Il n’aura jamais aussi bien assumé son sobriquet Spaceman que sur cet album. Sur les photos promotionnelles de l’album, il pose en compagnie de Kate Radley sa compagne d’alors et la claviériste du groupe en tenue de cosmonaute et les mises en scène laissent parfaitement entrevoir l’état de perche dans lequel il se trouve. Les photos officieuses et normales confirment cela : les yeux tombent, leur rougeur illumine et les cernes accentuent le tout. Ce mec transpirait littéralement la drogue (nota : c’est celui sur la gauche sur l’image de cet article). Il me parait impossible de relier Pure Phase à autre chose que l’environnement narcotique dans lequel baignait son auteur. Celui de la drogue prise en toute conscience justement pour modifier sa conscience, celui de la drogue que l’on choisit de subir, celui de la drogue qui apporte plus de solutions que de problèmes (ils finiront par arriver plus tard). Le but n’étant pas de faire une sorte d’apologie spectaculaire ou prosélytique de celle ci mais de retranscrire ce qu’elle procure, ce qu’elle provoque, ce qu’elle transforme. Sans jugement. Sans revendication. Juste par ressenti.

A l’écoute, ce disque subjugue. La fameuse Pure Phase tone, présente sur toute la durée disque, soit une nappe de deux notes enveloppées dans une multitudes d’effets, suggère parfaitement l’ambiance de lévitation artificielle qui le hante. Medication ouvre l’album avec une courte séquence de fanfare pour laisser place à un motif d’orgue sur deux accords qui seront répétés ad vitam aeternam. La voix de Jason Pierce apparait, douce, chuchotée, dans le souffle. Les paroles sont à mi chemin entre le constat désabusé et la profession de foi :

"Every day I wake up

And I take my medication

And I spend the rest of the day

Waiting for it to wear off

Every night I stay up late

And make my state more desperate

Spend the rest of the night

Waiting for it to wear off

I’m waiting for the time

When I can be without

These things that make me feel

This way all of the time".

Le titre alterne séquences calmes et douces et séquences pêchues pour finir dans une explosion de guitares/cuivre/harmonica. Le mixage, véritable parti-pris, met en valeur toutes les superpositions d’instruments où aucun ne prend le dessus d’un point de vue présence sonore. Et cela sur l’ensemble du disque.

Les moments de grâce sont idéalement positionnés à l’image de The Slide Song , deuxième titre tout en velours très légèrement défiguré par un effet tremolo qui se balade entre les différentes couches de claviers et de guitares.

Jason Pierce place aussi régulièrement des séquences bruitistes fortement influencées par le freejazz (selon Sun Ra ou Pharoah Sanders) à l’image de Electric Phase et ses 1 minutes 20 de mur du son.

"I just want water

I just want an ocean

An endless river to wash away all of my tears."

Les phases dépressives dans lesquelles les descentes peuvent plonger sont mises en mots et en musique de façon paradisiaque avec All of my tears tout en arrangement de cordes sensibles (The Balanescu Quartet), un chant à fleur de peau et toujours la pure phase tone qui rôde. Magique.

These blues , drone puissant et drogué jusquà l’os, sort bruyamment le disque de sa torpeur pour y replonger illico avec Let it flow , la plus belle chanson sur l’héroïne du monde. Une sorte de question réponse entre un chœur gospel qui répète inlassablement les mêmes notes et la voix fatiguée, au bout du rouleau de Jason Pierce. Petit à petit, les guitares se font menaçantes, à l’agonie électriquement parlant, puis c’est un final qui fout la chair de poule tant la symbiose mots/musique/arrangements fonctionne à merveille.

"Here it comes an then it goes

And it hits me, takes me home

I don’t know where I’m goin’

And I don’t know where I’ve been

But I’d do it all again

All I wanted was a taste

Enough to waste a day

Just enough to make me sick

I can’t get too much of it"

Puis le disque pénètre un autre monde avec ce que je considère comme un tryptique. L’enchainement de Take good care of it / Born never asked / Electric mainline est la parfaite mise en son d’une prise de DMT. Sur le premier nommé, jamais, dans toute la discographie de Spiritualized, Jason Pierce n’aura semblé aussi haut, loin, perdu dans les étoiles. Un drone flottant, limite inquiétant, saupoudré de cuivres et noyé dans une réverbération malsaine. Puis Never born asked (reprise de Laurie Anderson extraite de son album Big Science, hautement recommandable) surgit, plus physique, pour servir d’introduction parfaite à Electric mainline, long mantra instrumental à la répétition obsédante, en apesanteur quelque part dans le cosmos, quelque part dans la conscience déstabilisée de son auteur. So druggy.

La redescente sera remise à plus tard car dés l’intro de Lay back in the sun , une lente euphorie hédoniste prend le relais avec ses guitares bourdonnantes, ses cuivres typés rythm’n blues et des paroles évocatrices :

"Hey take it right down

Lay back in the sun

Gonna have me some good times babe

Good dope good fun (...)

Hey honey I feel

So good to be free

I’ve got a fever inside of my soul

I’ve got a fire in me"

Ce morceau aurait logiquement dû être un tube. Dans un Hit parade de chansons droguées. Reliés par la pure phase tone, Good times est dans la continuité en plus énervé et incisif. Un très bon exercice de style typiquement rock’nroll.

Et la Pure Phase marque la descente quand elle prend à elle seule une durée de 6 minutes et 20 secondes de dérive mentale étrangement belle qui ramène vers une réalité triste mais douce. Sous la forme de Spread your wings , angélique berceuse aux arrangements de cordes parfait et à la voix délicatement filtrée.

L’album se finit sous une forme d’abdication, de résurrection teintée de flashbacks, avec le bien nommé Feel like going home et ses paroles qui laissent entrevoir une sorte de soulagement, de réconfort désiré.

"I feel like I’m gone

Feel like I’m going home

Take it down to my soul, lay it back, feel so good

Summer sun turns me on, lay me back, feels so good "

Fin du trip, fin du rève. L’album se vendit chichement, ignoré par une partie de la presse musicale spécialisée plus prompte à sucer les bites de Blur ou Oasis. Deux années plus tard et après une rupture douloureuse qui le fera durement plonger dans ses addictions, Jason Spaceman Pierce et son Spiritualized sortiront Ladies and gentlemen we are floating in space. Le disque se vendra à 1 000 000 d’exemplaires.


Le 16 octobre 2016, par Boog

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