La Route Du Rock "La Route du Rock 2019"

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P.T. (aka Pierre Tomi) : L’affiche était alléchante, le week end s’est avéré impeccable. Malgré deux soirées plus ou moins pluvieuses, malgré l’annulation d’une tête d’affiche, la Route du Rock a confirmé son statut de meilleur rendez vous indie (ou tout court…) du pays. Le festival, comme souvent, a montré qu’il n’est pas forcément nécessaire de verser dans un faux éclectisme putassier pour s’offrir de belles fréquentations.

P.B. (aka Pierre Boog) : Ouais

JEUDI

P.T. : La soirée d’ouverture en fut le meilleur exemple. L’enchainement proposé était tout simplement l’un des meilleurs qu’on ait pu voir, tous festivals confondus, depuis pas mal d’années. Pond / Fontaines DC / Idles / Stereolab / Tame Impala / Black Midi / Jon Hopkins / Lena Willikens. Rien que ça. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que les artistes ont, dans leur grande majorité, tenu leurs promesses.

P.B. : Ouais

P.T. : Il est toujours délicat pour un groupe d’ouvrir le bal. Pond ont du s’y coller, et entre l’excitation de la découverte du site pour les uns, l’installation au camping qui s’éternise pour les autres, et les formalités d’arrivées pour nous (apéro Ricard), les australiens n’auront qu’une attention relative. Coup d’envoi fictif, balle au centre, Fontaines DC seront notre vrai départ.

P.B. : Bon en même temps, Pond de loin en sirotant un ricard reste quand même 1000 fois mieux que Metronomy de prés. Ou de loin aussi.

P.T. : Il faut dire que les irlandais n’ont pas fait dans la demie mesure ces derniers mois. Rarement un groupe de rock n’avait focalisé autant d’attention récemment, avant même la sortie de leur premier album. Première apparition, et la bande a déjà les honneurs de la grande scène. Même Idles, qui leur succèderont au même endroit, ont commencé en face. Les tournées et sollicitations pour nos newcomers ont eu quelques conséquences sur leur santé et on a même craint une dérobade dans les semaines qui ont précédé le fameux week end du 15 aout. Il n’en a rien été. Les irlandais sont bien là, et il valait mieux être à l’heure. A peine 30 minutes d’un set pied au plancher, rempli de pose, de je m’en foutisme, de Ian Curtisme, et de tubes. A priori rien à redire, sauf qu’Idles pointent le bout de leur nez, et qu’après quelques minutes, on ressent que le niveau est monté d’un cran. Musiciens plus furieux, chanteur plus investi, morceaux plus tranchants, les anglais mené par un Joe Talbot rayonnant mettent la barre très haut. Pas sur d’ailleurs qu’on viennent les dépasser. Le festival vient de commencer et premier frisson général.

P.B. : Physiquement, ils sont assez petits Fontaines DC en fait. Ça m’a surpris. Sur scène, ils sont en pleine poussée de croissance fulgurante. Effectivement visiblement fatigués mais enthousiasmants. Idles sont complétement fous sur scène et le guitariste portait le bermuda de l’été 2019 dont a toujours rêvé Pierre Tomi. Prestation musclée.

P.T. : Stereolab, dont le retour constitue l’un des évènements de cette édition, n’auront ni les honneurs de la grande scène, ni les conditions techniques qu’ils espéraient. Leur concert sera un combat permanent contre les larsens, et un ballet chorégraphique d’appels gestuels à l’ingé retour pour des ajustements. Le combat a-t-il été gagné ? Les avis divergent. Stereolab, comme presque tout au long de leur carrière, auront comblé leurs fans et laissé de marbre ceux qui passaient par là un peu par hasard ou par curiosité. French disko, jouée très tôt, lancera véritablement les hostilités, avant un moment de grâce en milieu de show avec Metronomic underground. Merci, et on espère, à bientôt.

P.B. : « Des patrons ! » dixit l’auteur du paragraphe précédent à l’issue immédiate du concert. Une présence scénique à rapprocher d’une poule pondant un œuf mais on s’en branle, l’essentiel était là, soit la musique, une sorte de leçon de maîtrise et cohérence. Super.

P.T. : Place maintenant au gros morceau de la soirée. Tame Impala font leur retour au Fort St Père, et visiblement le mot est passé. C’est ici et maintenant que la foule sera la plus compacte de tout le week end. En 2013, les australiens avaient vu leur concert (pourtant très bon), un peu gâché par un son pas vraiment à la hauteur. Le groupe défendait alors Lonerism, album qui les avait fait passer dans une autre dimension. Pour cette date unique en France, seuls quelques singles sont disponibles et on imagine que Currents aura la part belle. Pas besoin d’attendre très longtemps pour être fixé. Départ en fanfare (et confettis), avec Let it happen. Pour le reste, encore une performance qui divisera l’auditoire. Certes le groupe n’est pas le plus démonstratif sur scène (mais qui peut l’être moins de 2h après Idles ?), mais chaque intro démontre à quel point Tame Impala ont inondé le monde de tubes en tout genre, et je prends un plaisir fou.

P.B. : Ben pas moi. Ou alors le concept était de passer le disque depuis la régie en misant tout sur les lights et les confettis. Sans âme, déshumanisé, sans intérêt. Concert chiant. Mais j’adore écouter leurs disques hein. Chez moi et sans confettis.

P.T. : Black Midi déboulent tous riffs dehors pour ce qui sera le dernier live à guitare de cette soirée d’ouverture. Précédés d’une réputation de groupe scénique imparable, le groupe est effectivement excellent. Le disque, inégal, alterne entre riffs absolument géniaux et expérimentations noisy agressives. Le live aussi. Voilà.

P.B. : Ouais

P.T. : Fin de soirée son et lumière avec Jon Hopkins et Lena Willikens. Mon corps y était, mon esprit un peu moins.

P.B. : Je confirme, son esprit était en vadrouille.

VENDREDI

P.T. : Deuxième soir. Au revoir Beirut, bonsoir la pluie. Avec l’annulation du New Yorkais (et probablement de pas mal de réservations), et une météo moins clémente, l’excitation est un peu retombée. Erreur.

Le combo Foxwarren, groupe canadien vieux d’une dizaine d’années, n’a sorti qu’un album (magnifique), la faute aux escapades solo de leur chanteur Andy Shauf (magnifiques). C’est donc un petit événement qui se déroule en cette fin d’après midi. Quelques fans sont déjà amassés devant la petite scène pour un début tout en douceur et mélancolie.

P.B. : Bon en même temps, Foxwarren de loin en sirotant un ricard reste quand même 1000 fois mieux que Metronomy de prés. Ou de loin aussi.

P.T. : Sans transition, Tim Presley prend ses marques en face pour une leçon de rock’n’roll dans la plus pure des traditions. Trop souvent dans l’ombre de son ami Ty Seagall, le californien délivre pourtant depuis des années des albums sublimes, fragiles, touchants, et des prestations live de haute volée. On gardait un souvenir grandiose de son passage au Primavera Porto il y a quelques années, Tim Presley nous en offre un nouveau.

P.B. : Ouais

P.T. : C’est pourtant le projet turco-néerlandais Altin Gün qui mettra véritablement le feu aux poudres en ce second soir. Alors que la pluie s’intensifie, les compos anatoliennes du groupe réchaufferont les jambes et les esprits. L’éclectisme que l’on aime.

P.B. : Putain il a réussi à placer anatolienne. Chapeau. Le gros kif du Vendredi soir assurément. Groupe au top, dégaines impeccables, gros son et groove de malade.

P.T. : Pour une soirée dont on attendait moins, c’est pour le moment un sans faute, alors qu’Hot Chip, tête d’affiche improvisée, s’annonce. Les années passent, les cheveux s’éclaircissent, et Hot Chip continuent de squatter les dancefloors. Sensation étrange. Le groupe semble parfois jouer avec la limite du mauvais gout mais ne la franchit jamais, et une fois encore, entre classiques et nouveautés, Hot Chip se faufile et convainc. Même leur surprenante reprise de Sabotage est une réussite.

P.B. : J’aime pas trop l’allusion à l’éclaircissement de cheveux mais complétement d’accord. Pas super fan à la base, Hot Chip m’a carrément convaincu et impressionné sur ce concert. Kraftwerk m’est revenu en tête plusieurs fois et seuls les Beastie Boys jouent mieux que eux Sabotage.

P.T. : Le duo belge 2 many dj’s ne s’y trompe pas et leur rendra hommage avec un clin d’œil (Over and Over). Les frères, responsables il y a deux ans d’un live monumental avec Soulwax, qui a surement pesé dans la balance au moment de trouver un remplaçant pour Beirut, se retrouvent donc aux manettes entre les lives de Crows et Crack Cloud. Pas idéal mais ils feront avec. Alors que le set de 2 many dj’s devient un peu trop anecdotique, car pas prévu, car calé tant bien que mal entre deux live, le duo envoie donc la sauce entre pastilles rock (New Order), références au week end en cours (Hot Chip, Tame Impala, voire même Beatie Boys), et tubes electro. Du 2 many quoi.

P.B. : J’appelle ça une prestation Ikea : pas vraiment moche, pas vraiment joli, mais compacte et super pratique. En tout cas bien meilleure que le concert annulé de Beirut.

P.T. : Crows donc ! Qu’on a découvert peu avant le festival avec leur excellent Silver Tongues, et qui ne sont pas là pour la déconne. Et on peut dire que le groupe revient de loin. Dans une interview au NME, le leader James Cox comment Joe Talbot de Idles lui a sauvé sa carrière. Alors que ses idoles jouent en face de son boulot, James va trouver Talbot et lui raconte ses galères de groupe, l’importance d’Idles, et les mots touchent leur but. Joe Talbot est aussi un fan, et cette rencontre accélèrera la sortie de l’album. Joe Talbot, décidément homme du week end. Crows aiment écouter de la musique très fort en fermant les yeux. C’est à peu près ce qu’il faut faire face à eux. La décharge de la soirée viendra des londoniens. A suivre.

P.B. : Arf, j’ai vu que le dernier morceau et il m’a retourné. Son dévastateur, attitude au poil, musique intense. Faut absolument que je revois Crows. Putain de bar VIP…

P.T. : Dernier live de la soirée avec Crack Cloud, étiquetés « live du moment à ne pas rater ». Jamais évident à assumer, mais ce sera chose faite. Pour le son, mettez Gang of Four à fond dans le salon, Talking Heads à fond dans la chambre, placez vous entre les deux, vous écoutez Crack Cloud. Est ce que ça marche ? A fond !!

P.B. : Mon kif du festival. Tellement à part, tellement free. Sec comme des coups de fouets. J‘ai l’impression qu’une bonne moitié de l’audience présente n’a pas super apprécié mais moi, en bon connard qui fait rien comme les autres, j’ai adoré. Génies.

SAMEDI

P.B. : Bon en même temps, Hand Habits de loin en sirotant un ricard reste quand même 1000 fois mieux que Metronomy de prés. Ou de loin aussi.

P.T. Ouais

P.B. : Deerhunter. Soit l’assurance d’assister à un bon concert malgré la pluie et la tenue vestimentaire de Bradfod Cox. Son parfait, set varié et hétérogène. On sent bien que Lockett Pundt bien à l’abri sur la droite de la scène ne communique plus vraiment avec son leader filiforme réputé assez souvent casse couilles, mais quand il prend en main Desire Lines, la cohésion du groupe est sublimée et mon écoute émue subjuguée. Parfait.

P.T. Concert parfait, étrangement programmé en tout début de soirée, mais quelle classe. Un Bradford Cox presque blagueur, qui ajustera sa tenue à celle des festivaliers avec un ciré du plus bel effet, et une setlist comme on les aime. Microcastle au menu en début de set, un Desire Lines sublimé (qui prend un peu la place de Nothing Ever Happened), et un final magique avec He Would Have Laughed. Parfait.

P.B. : Les avis divergent considérablement sur The Growlers. D’un côté, les ayatollahs de leurs débuts qui ne supportent pas la direction musicale protéiforme prise par le groupe depuis, disons, Chinese Fountain (leur album de 2014) et de l’autre, ceux qui s’en foutent mais qui veulent passer un bon moment. Sous la pluie. J’ai beaucoup aimé en fait. Brooks Nielsen confirme véritablement son charisme par sa présence mi chaloupée mi maladroite et le set se faufile parmi la discographie du groupe et laisse la part belle à des instants bizarres de funk hybride psyché. Excellent concert.

P.T. Rien à ajouter.

P.B. : Bon en même temps, Metronomy de très loin, c’est toujours assez pourri mais au moins, c’est pas trop chiant.

P.T. Avant le festival, je me disais que je pourrais passer un bon moment. Le genre de groupe qui ne me ferait pas me déplacer en salle, mais pour qui ma curiosité peut me faire déplacer jusqu’au fond de la fosse en festival. Ca n’a pas si mal commencé, le groupe compte quand même quelques tubes, mais force est de constater que Metronomy, qui se traine une réputation de groupe live pas folichon, a décidé de rester fidèle à cette réputation. Sourires niais, charisme zéro, et concert fade. Le flop du week end. Dommage de finir sur cette note. Pas la force de persister pour les très hype Oktober Lieber et la suite.

Merci pour tout La Route du Rock, et à l’année prochaine, certainement.


Le 10 septembre, par Boog

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