Nick Cave & The Bad Seeds "One more time with feeling"

Label :


Fin 2014 sortait 20 000 jours sur Terre, ovni cinématographique qui embarquait le spectateur pendant une journée fantasmée avec Nick Cave. Le plan final présentait la rock star entourée d’Arthur et Earl, ses jumeaux, commandant des pizzas pour une projection de Scarface dans le salon familial. Un travelling arrière, Brigton, sa plage, ses falaises.

Quelques mois plus tard, Arthur décède tragiquement au pied de l’une d’elles.

One more time with feeling, film projeté hier soir, documente l’enregistrement de l’album qui sort aujourd’hui, et dépeint le deuil, le processus créatif, et les sentiments des protagonistes qui ont subi ce drame. Autant dire que l’exercice n’est pas aisé. Comment parler d’un sujet aussi traumatisant, aussi frais, sans verser dans au mieux le larmoyant, au pire le voyeurisme. Le docu n’évite pas tous les écueils, mais s’avère indispensable à la compréhension de Skeletton Tree, album sombrissime du crooner australien.

Warren Ellis (proche parmi les proches) et sa voix enfantine ouvrent le bal. "Je ne veux pas aborder ce sujet, c’est arrivé à un ami, c’est trop personnel". Suivent des discussions métaphysique entre le réalisateur, Ellis, Nick Cave, sur la création, le trauma, la dépression, jusqu’au premier moment de grâce du film avec l’interprétation intégrale de Jesus Alone et sa phrase d’ouverture sans équivoque "You fell from the sky. Crash landed in a field. Near the river Adur". C’est par la musique que le sujet de la mort d’Arthur arrivera.

Les plans en studio s’enchainent, jusqu’à l’arrivée d’Earl et Susie Cave (épouse de), et les premières images dans la maison familiale. La transition, sèche, dure, qui déliera les langues, repose dans une scène qui divise, dans laquelle Susie présente un tableau d’Arthur réalisé lorsqu’il était enfant, et qui dépeint le lieu de sa future mort. Malaise. Le couple semble gêné, le spectateur aussi. Pourtant l’anecdote est bien là, et le réalisateur a pu gagner assez de confiance pour qu’une telle situation se produise.

A partir de ce moment, le sujet est abordé frontalement, l’enfant est nommé, et Nick Cave se livre (les derniers extraits d’interview sont bouleversants). Les morceaux, tous plus équivoques les uns que les autres, ponctuent cette seconde partie. Le réalisateur, qui j’imagine a du se retrouver avec des centaines d’heures de rush en studio, cherche l’originalité et se vautre. Toute la partie en couleur accompagnant le morceau Distant Sky est monstrueusement kitch, et le plan final sur les falaises de Brighton bien déplacé.

Cependant, s’il est un album dont l’auditeur peut vouloir connaître l’envers du décor, c’est bien celui là. Pas par curiosité malsaine, pas par voyeurisme, mais parce qu’il est intéressant de comprendre comment un père peut / veut écrire un album sur son fils quelques mois après son décès. Il est possible que Nick Cave regrette un jour d’avoir accepté ce film, ou qu’il ne le regarde jamais, et il est possible que dans 20 ans, ce film n’ait aucun intérêt, mais pour illustrer la sortie d’un disque il est parfait. Un livret n’aurait pas pu le remplacer.


Le 9 septembre 2016, par Pierre

Nick Cave & The Bad Seeds

From St Remy de Provence to eternity

Archives

Royal Blood "Méchanceté gratuite"

En prévision des festivals à venir, je révise les groupes qui sont passés sous mon radar. Royal Blood, donc. Doux Jésus c’est tellement nul, fade, ringard. Je n’arrive pas (...)

Lire l'article


This Is Not A Love Song 2017 "Indie Music Festival – Nîmes, Paloma - Du 09 au 11 juin 2017"
Angelo De Augustine "Swim it to the moon"
Radio Clapas "Emission #23 (13/06/2017)"
Radio Clapas "Emission #22 (30/05/2017)"

NOTRE SELECTION