Vieilles Charrues "Compte rendu 2017"



Un vendredi aux Vieilles Charrues :

Renaud :

Malgré les années, je suis toujours excité à l’idée d’assister à un concert ou un festival. Même si je ne suis pas un fan, la perspective de voir Renaud sur scène m’enchantait, le mec a quand même une ribambelle de chouettes chansons derrière lui, Mistral Gagnant, Tintintin, Morgane de toi, Dans la cabane du pêcheur, etc. C’est bien simple : j’ai passé les deux jours précédents les Vieilles Charrues à chanter deux trucs : « Toujours gagnant, toujours la banane, rassurez-vous », avec la voix de Darth Vader, et Rendez-vous IV comme dans le sketch des Inconnus. Bref, c’est le début des vacances, il y a de la musique et tout va bien.

L’entrée sur scène de Renaud est hallucinante : sa silhouette apparaît en ombre sur l’écran géant, sa coupe de cheveux, le perfecto, la boucle d’oreille et la Renault 5 parfaitement reconnaissables, on se croirait en 1982. Puis le vrai Renaud apparaît et cela m’a semblé PARFAIT. Je suis arrivé sur le site des Vieilles Charrues par la zone industrielle, là, et c’était glauque bon sang. Pas glauque parce que c’est une zone industrielle, non, glauque parce que les Vieilles Charrues sont un vrai festival (pas comme Rock en Seine), et à un vrai festival quand il est 16h hé bien on est complètement torché et c’est trop cool. Des jeunes et des moins jeunes vous accueillent bien pétés, la Croix Rouge passe pour voir qui est en coma éthylique, la bourgeoisie locale s’encanaille, des punkachiens sont en migration estivale et ce spectacle est toujours un peu lamentable. Bah là quand Renaud apparaît sur scène, j’en ai vu certains lâcher leur bière et comprendre que sur l’autoroute de la vie, ils n’avaient peut-être pas choisi la bonne aire de repos. Puis il a chanté, enfin, il a ouvert la bouche et des mots en sont sortis. TOUT LE PUBLIC S’EST REGARDE EN MODE WTF ? C’était encore pire que ce que l’on pouvait craindre. Même mon imitation version métal était en-dessous de la réalité de ce qu’est Renaud sur scène. Le concert commence effectivement par la chanson Toujours vivant, et c’est une catastrophe. Le mec est sur scène, immobile sur ses jambes, tremblant, le regard dans le vide. Le malaise est palpable et à la fin du morceau, Renaud se lance dans un discours de justification dans lequel il évoque sa voix rocailleuse, sa voix glaireuse, mais sa voix généreuse. On lui avait dit qu’il ne pourrait jamais faire un concert, mais il en a déjà 100 derrière lui depuis qu’il a arrêté de boire, et il est bien là, plus rock que jamais pas comme ces Vieilles Canailles, qui elles, n’ont rien de rock (véridique). Et en fait c’est vrai qu’il n’est pas si mal, il est à peine moins mobile que Kraftwerk. Bon, il ne gardera pas la station debout trop longtemps, un tabouret apparaît rapidement. Et puis il a répété des cascades : il se déplace. Il a trois positions sur scène : devant chacun des prompteurs. Et il y a toujours un second guitariste derrière lui qui joue un peu plus fort et un peu plus en rythme. Et des milliers de personne pour chanter, car en fait Renaud ne fait que chanter les deux premiers vers de chaque chanson, et c’est le public qui prend la suite. Nous avons donc entendu tous les classiques et c’était sympa, il faisait beau, il y avait une bonne ambiance dans le public.

Phoenix :

Cela faisait dix ans que je ne les avais pas vus en concert. La dernière fois, c’était à Versailles, dans le jardin, juste à côté du château. Le groupe jouait sur l’eau d’une fontaine, Thomas Mars a pris une barque pour aller balancer des boules puantes dans le public, c’était bien cool. Dix ans plus tard, les années sont passées, Thomas Mars perd ses cheveux, tout le monde a un peu pris du Q. mais Phoenix reste une machine à tubes implacable sur scène. Et quelle scène ! A une époque où tous les groupes jouent devant un écran de LED, avec une harmonisation des lightshows de plus en plus déprimante, Phoenix a décidé de jouer SUR un écran de LED, avec un miroir derrière eux qui reflète donc le groupe et l’écran. L’effet est complètement réussi, le concert est stylisé comme un clip réalisé en direct, ils ont fait ça de manière élégante, sans que cela ressemble à une émission du Bigdil. Et comme attendu, le groupe a déroulé les tubes du début à la fin. Le problème c’est qu’il a surtout déroulé les tubes des trois derniers albums. Quasiment rien du premier disque, rien des deux albums suivants, ce qui est quand même fou car cette partie de la carrière de Phoenix est plus excitante et variée que l’electro-pop brutale qu’ils pondent à chaque sortie. Du coup le concert est rapidement uniforme, je connais pourtant bien leur répertoire, je me demande parfois si telle chanson n’a pas déjà été jouée, quand je ne me trompe pas de refrain au moment de chanter avec le groupe. Il faut reconnaître que les morceaux de Phoenix sont devenus interchangeables. Et pas de Too Young ? Pas de Everything Is Everything ? Pas de Long Distance Call ? Boah, on passe quand même un chouette concert, et à la fin Thomas Mars déguisé en bigoudène est allé slammer dans le public donc voilà.

Vintage Trouble :

Génial comme toujours mais comme j’ai manqué le début du concert je ne me suis pas éternisé.

Un samedi aux Vieilles Charrues.

Camille :

Par la force des choses, je crois que je n’ai pas manqué une tournée de cette musicienne dont j’estime les deux premiers albums, un peu moins le reste. J’ai des souvenirs d’un excellent concert dans une MJC, en 2005 : il y avait simplement un fil sur scène et trois autres musiciens. Chaque tournée a toujours été un plus élaborée que la tournée précédente (pour la dernière tournée, les musiciens faisaient coulisser des règles en plastique sur une table), et chaque album un peu plus anecdotique je crois. En fait, je n’ai même pas pris la peine d’écouter son dernier disque alors que j’ai entendu une chanson dans une station-service que j’ai bien aimée. Le concert commence donc par cette chanson intitulée Fontaine de lait, dont je n’avais pas bien compris les paroles parce que je faisais mon plein avec Skyrock à fond : et voilà que je fais une fontaine de lui, et voilà que je suis une fontaine de lait. Ah ouais c’est subtil. Camille est accompagnée sur scène de percussionnistes et d’un bassiste qui joue sur une batterie électronique chromatique, et d’une ribambelle de choristes. A un moment elle a twerké (moins malaisant que Renaud sur scène, mais quand même). La meuf a enchaîné pas mal de jolies chansons, mais ouais c’est sans doute parce qu’il est tôt, le soleil cogne fort, il fait plein jour, aucune magie n’opère, je me suis ennuyé poliment.

Vianney :

Vianney est relativement nouveau venu dans le paysage musical français. Je l’ai découvert dans le métro, à un moment on voyait des affiches partout avec sa tête de gros bébé qui ramène ses cheveux sur le devant en passant par le côté pour cacher son début de calvitie. Sa chanson était partout, et dès lors on comprenait avec horreur que cette génération de jeunes Vianney/Eugénie Bastié, on allait se la coltiner au moins aussi longtemps que génération précédente, Kurt Cobain/Christophe Barbier. Terrifiant. Ce n’est que le début, Vianney est là pour durer. Pourtant, peut-on faire plus cheap comme concert ?

Le mec est l’espoir de la variété française mais il tourne sans aucun moyen. Tout seul, pas de musicien, une guitare, une pédale pour faire des boucles, un spray lacrymo pour calmer les vieilles qui s’exciteraient un peu trop dans la fosse, et heureusement qu’un bon gars dans le public a pu lui prêter une corde medium light sinon le concert s’arrêtait au bout de deux chansons. A un moment le mec a joué un bout des Rage Against the Machine, et il a même fait une reprise de MC Solaar bon sang j’avais les oreilles qui saignaient. Bon comme il n’y avait que des poivrots ou des bouseux dans le public tout cela est passé comme une lettre à la poste. Ou comme papa dans maman (une expression que j’essaye de remettre au goût du jour).

Royal Blood :

Chaud, gros dossier là. J’entends régulièrement leurs chansons à la radio. J’ai écouté consciencieusement leurs albums parce qu’apparemment c’est un groupe anglais important. J’ai déjà écrit tout le bien que je pense de leur musique. Du coup je m’attendais sincèrement à être ébloui par la présence scénique du groupe. Les mecs passent sur la grande scène du plus grand festival français, serious business.

Dès l’entrée sur scène, le groupe vérifie la théorie selon laquelle quand un musicien arrive sur scène une bouteille de bière à la main et fait « cheers » au public, ce sera un concert de merde. C’est systématique, ça ne peut pas manquer. Si un mec arrive sur scène et qu’il tient une bouteille de bière plutôt qu’un instrument de musique ou un micro, c’est que c’est un connard sans charisme. Le mec est sur scène, il joue du rock, d’où il a besoin d’un accessoire pour se donner une présence ? Un musicien qui arrive sur scène avec de la bière, c’est comme les copains non-fumeurs qui crapotent en soirée. Donc déjà ça part mal quand le batteur entre sur scène une bière à la main, bouteille qu’il ne lâchera pas de tout le concert et c’est pas facile de jouer de la batterie sans renverser la sacro-sainte bière.

Ensuite ce qui choque, c’est que les deux mecs (un batteur et un bassiste : le petit plus marketing) sont gros. Ils ont moins de trente ans, et ils sont déjà très gras, avec des grosses cuisses et du bide. On lit dans la presse « oui c’est du rock stoner, sexy et nanani, nanana » mais sur scène on a deux jeunes hommes gros et moches. Des gros Beavis et Butthead. En fait quand je les ai vus arriver sur scène j’ai d’abord cru que c’était des roadies. Si c’est ça l’avenir du rock je préfère ne pas terminer cette phrase. Et ils ont joué les chansons que l’on connaît, les chansons qu’ils ont publié sur leurs deux premiers albums, les chansons qui passent à la radio, les chansons avec des couplets et des refrains, et à quoi bon ? C’est très simple, chaque chanson commence de la même façon, le bassiste tape sur son instrument pour créer une masse sonore, ça va larsener, le batteur va lutiner derrière entre deux gorgées de bière. On se faisait royalement chier (no pun intended) du coup une partie de la fosse à commencer à organiser un gang bang (il faisait super chaud, n’oubliez pas), je crois. Conséquence : les vigiles ont commencé à arroser le public pour qu’il se calme un peu quoi parce qu’il y a des enfants. Et là il est arrivé un truc de dingue : en plein morceau le batteur est allé voir un vigile et lui a demandé s’il pouvait manier son tuyau pour arroser le public. Et v’là-t-y pas que le batteur a donc passé cinq ou dix minutes à arroser le public EN PLEIN CONCERT nom de dieu ! je sais pas, pour s’occuper, il devait s’ennuyer lui aussi. Le chanteur s’est assis, quelques minutes, pour attendre la fin de l’intermède.

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Au final c’était encore plus anecdotique que ce que l’on pouvait redouter. Étudiant, je jouais dans un groupe de rock qui reprenait du R.E.M., Radiohead et on avait quelques compos à nous quoi bah pour le coup on aurait été bien meilleurs que Royal Blood. Ceux qui aiment Royal Blood n’aiment pas la musique. C’est inexcusable. Et ce qui m’a foutu le plus en boule pendant le concert c’était de les voir se déplacer avec la nonchalance de vieux musiciens expérimentés. A chaque morceau le chanteur se faisait apporter une guitare par un roadie qui en a sans doute vu d’autres et des meilleurs et putain rien que de repenser à ce roadie ça me fout les glandes.

Naive New Beaters :

Troisième passage aux Vieilles Charrues, troisième passage en plein jour.

Arcade Fire :

Dans le public : Noël Jamet le champion du monde d’imitation de cri de cochon putain c’est pas à Rock en Seine qu’on aurait ce genre d’ambiance de fou furieux dans le public ou quoi ? Il y a également dans le public un mec qui ressemble à Gad Elmaleh. Il s’est cru à… ArGad Fire ah ah ?

Bon que dire d’Arcade Fire qui n’ait pas déjà été dit ? Déjà le contraste avec Royal Blood est saisissant. Ils ont quinze ans de tournées dans les pattes, cinq albums, et ils ont toujours l’air autant à fond. En 2005, le groupe était présenté comme celui qui joue chaque concert « comme si c’était le dernier ». C’est toujours le cas aujourd’hui, et chaque concert d’Arcade Fire est toujours un peu à part. Le groupe virevolte sur scène d’un instrument à un autre, le frère Butler court partout en fracassant un tom, pendant que Win Butler torture un roadie parce que son micro ne fonctionne pas. Ca saute et ça tournoie, mais le plus important est que les chansons sont canons. Malgré la dizaine de musiciens sur scène, le son est limpide, tout est en place et les interprétations sont pleines d’émotions. Le groupe est capable d’alterner les furies électriques (Creature Comfort est déjà un classique, Ready to Start, No Cars Go, par exemple) avec les moments bien plus doux : Neon Bible et The Suburbs sont jouées comme si nous étions quinze dans un appartement et que demain il y a école. Cette versatilité fait que l’on ne voit pas le temps passer bien que le groupe joue plus d’une heure trente. Chaque chanson pourrait être un temps fort, mais la plus grande réussite du groupe sur scène est Here Comes the Night Time. Les mecs balancent ça au bout d’un quart d’heure alors que n’importe quel groupe rêve de pouvoir jouer ça en rappel. Le concert s’achève classiquement sur Wake Up.

M.I.A. :

La déception du weekend. Cela fait dix ans que nous la manquons bêtement lorsqu’elle passe à Paris, pour des raisons super idiotes (conflit de programmation dans un festival, enterrement, fracture du pénis, etc.). Cette fois c’est la bonne, elle enchaîne pépère après Arcade Fire… et ouaih, vachement déçu. Le concert a commencé avec je crois vingt bonnes minutes de retard, pas bonjour pas merci, elle assure la prestation sans étincelle, ça sent le pilotage automatique, elle joue Paper Planes et allez salut. La meuf elle a vu Vianney et Naive New Beaters sur la même scène elle s’est dit c’est bon on va y aller cool.

Jean Michel Jarre :

Le patron. Ouaih bon on n’est pas restés jusque la fin parce qu’il commençait à faire bien tard et la journée a été longue et le concert pas hyper passionnant. Dispositif scénique impressionnant, encore un putain d’écran de LED, et des rideaux de LED mobiles. Le gars est accompagné sur scène par deux musiciens, il y a masse de synthés analogiques et tout. Le truc amusant, c’est que le concert commence comme n’importe quel concert de Massive Attack ou Chemical Brothers ou n’importe quel autre gros artiste électronique, c’est planant, électronique, on croit que tout va s’enchaîner pendant une heure trente avec des humains effacés derrière leurs machines et projections visuelles… et en fait entre les morceaux Jean Michel Jarre PARLE. Et pas un sobre « Bonsoir Carhaix putain de sa race il fait chaud en Bretagne ou koi ? », non, le mec prend un micro, il arpente la scène et vient raconter sa vie comme s’il était chez Pascal Sevran. On s’en doutait mais il semble être un peu mégalo. Sur une chanson, il porte des lunettes avec caméra pour permettre au public de voir ce que lui Jean Michel voit quand il joue (ce qui donne un peu l’impression qu’il ne joue pas vraiment en fait). Sur une autre on voit sa grosse tête projetée comme si c’était intéressant mais bon le mec est quand même super bien conservé et fit, il a pas loin de 70 ans et je connais pas mal de trentenaires qui aimeraient être aussi fit que lui. Il court sur scène, il raconte sa vie, il parle des chansons, « je dédie ce concert à Pierre Henry… vous entendrez dessus un sample de kick que j’ai rapporté de New York… ». Le truc c’est que la musique est un poil ringarde. Nous sommes partis à la moitié, et aucun regret : il n’a pas joué Rendez-Vous IV.


Le 22 août, par Monsieur Masure

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