Dr John "Voodoo, acides, putes et proxènètes"

Label : Atco


"They call me, Dr. John, The Night Tripper

Got my sizzling Gris-Gris in my hand

Day trippin’ up, Back down by you

I’m the last of the best

They call me the Gris-Gris man

Got many clients

Come from miles around

Running down my prescription

I got my medicine, to cure all your ills

I got remedies of every description"

Assurément un des disques les plus bizarres de tout les temps, tout style confondu et certainement un de ceux qui transpire le plus la drogue par les microsillons. La vraie drogue, hein, pas celle que toi, jeune lecteur un peu fou fou et blindé de certitudes à chier, tu prends lors de tes soirées de merde au cours desquelles tu t’imagines en un minuscule Shaun Ryder de pacotille en picolant de la vodka redbull, en alignant des traits de mauvais alcaloïde tropanique douteux ou en mélangeant dans ta bière pisseuse des entactogènes coupés à la craie, au talc voire à la lessive. Au bout d’un moment, tu parles beaucoup de n’importe quoi, tu crois aimer tout le monde et souvent tu finis dans le même lit de celui ou celle que tu considères à jeun comme le pire des connards/connasses. Après tu regrettes et tu fais une mini dépression d’un ou deux jours. Cocaïne c’est ma cousine. Ouais j’ai décidé de tenir un ton condescendant et je t’emmerde, je sais de quoi je parle. Non la vraie drogue. Celle des acides, des opiacés, des plantes naturelles hallucinogènes surpuissantes, des usages de médicaments détournés. Tu peux pas comprendre, tu vis dans un monde idéalisé et faux alimenté par ton milieu social et par toi même. Je te rassure, moi aussi, mais ça me déprime et de toute façon, je n’en ai plus rien à foutre.

Soit, mais revenons au sujet initial.

Un petit coup de contexte, pour ta culture :

Malcolm John "Mac" Rebennack, né en 1940 à la Nouvelle Orléans, grandit et baigne dans un environnement musical submergé d’influences diverses. Il fait ses marques au sein de différents groupes durant les années 1950 dans les multiples clubs de la ville, réputée pour sa folie nocturne entre fêtes alcoolisées, prises massives de drogues, proxénétisme et violences plus ou moins dures. Dans un premier temps guitariste, il doit y renoncer rapidement suite à une blessure par balle au niveau de la main et se consacre rapidement au piano pour en faire son instrument de prédilection.

Addict et lui même revendeur de drogues, il effectue une peine de prison au début des années 1960 pour usage et trafic de stupéfiants. A l’issue de sa peine , il décide de s’expatrier un temps à Los Angeles afin de se tenir à distance de ses péchés mignons et de devenir un musicien de studio. Mais il continue à consommer des acides comme des granolas tout de même.

Parallèlement, il entame un projet solo où se mélangent musique traditionnelle de la Nouvelle Orléans, rythm and blues, musiques psychédéliques et rythmes voodoo. Et les drogues aussi et toujours. Il se baptise Dr John the Night Tripper et s’entoure de différents musiciens pour investir les studios Gold Star à Los Angeles. Dans les crédits du disque Dr John présente son groupe ainsi : "My group consists of Dr. Poo Pah Doo of Destine Tambourine and Dr. Ditmus of Conga, Dr. Boudreaux of Funky Knuckle Skins and Dr. Battiste of Scorpio in Bass Clef, Dr. McLean of Mandolin Comp. School, Dr. Mann of Bottleneck Learning, Dr. Bolden of The Immortal Flute Fleet, The Baron of Ronyards, Dido, China, Goncy O’Leary, Shirley Marie Laveaux, Dr. Durden, Governor Plas Johnson, Senator Bob West Bowing, Croaker Jean Freunx, Sister Stephanie and St. Theresa, John Gumbo, Cecilia La Favorite, Karla Le Jean who were all dreged up from The Rigolets by the Zombie of the Second Line. Under the eight visions of Professor Longhair reincannted the charts of now."

A l’issu de ces sessions, sept titres sont retenus et composent le premier album de Dr John the night tripper, le fameux Gris-gris qui sort le 22 janvier 1968 chez Atco records un sous label de Atlantic records. Avant sa sortie officielle, un ponte du label qui devait avoir ses oreilles dans son cul, se demanda comment vendre "cette merde de boogaloo". Connard.

Quand tu poses le disque sur ta platine (ou que tu appuies sur le bouton play de ton lecteur mp3 au son dégueulasse), un motif de guitare court et blues apparait sur la gauche pour laisser la place à une voix enrouée pleine de tabac et travaillée au bourbon qui déclame des paroles divinatoires teintées d’arrogance droguée. Il s’agit de Gris-gris Gumbo Ya Ya , génial morceau rocailleux et complétement habité. L’utilisation de la stéréo accentue cette sensation bizarre de flottation moite et nocturne dans laquelle des chœurs féminins répondent aux prescriptions du Docteur. Kalinda Ba Doom , toute en percussions puissantes et mandolines, laisse transparaître l’influence que le voodoo a sur ce disque. Suit Mama Roux , sexuelle à souhait, qui donne la part belle à la voix pas vraiment jolie/pas vraiment moche de Dr John. Et toujours ces putains de percussions dans tous les coins. Ce morceau sent définitivement le cul.

Tu es peut-être, il y a quelques semaines, allé voir un concert super cher de Jurassic 5 à Sète à moins que tu connaisses quelqu’un qui travaille dans l’événementiel et qui t’a inscrit "sur la guest". Petit chanceux va. Et bien, l’intro du quatrième morceau de Gris-gris, le fondamental Danse Flambeaux a été samplée par le collectif de Cut Chemist. L’intérêt que tu peux avoir en lisant parfois Rockittothemoon.com, c’est que tu peux ressortir des trucs qui font bien en soirée. Avec ou sans cocaïne. Ne me remercie pas, c’est cadeau.

Après ce titre, je vais t’apprendre quelque chose. Il y a longtemps, quand tu n’étais qu’un anonyme parmi tant d’autres au niveau des tubes séminifères de ton père, tes ancêtres écoutaient de la musique au moyen de matériels plus ou moins technologiques et de disques phonographiques. Le plus incroyable, c’est qu’ils achetaient ces disques ces putains de ringards. Le disque, objet plat et circulaire d’un diamètre de 30cm, était gravé sur les deux faces de microsillons. Par magie, dans ses microsillons, il y avait de la musique dedans. Truc de ouf. Mais à un moment, il fallait changer de face. Donc, les vieux cons retournaient le disque avec leur main. Les gens savaient bosser à l’époque. Et c’est exactement ce qu’il se passe avec Gris-gris. Pour écouter Croker Courtbullion , le cinquième titre de l’album, il fallait faire cette manipulation à la portée de tous. Même de toi. Ce titre est un melting pot très réussi de Jazz, de psychédélisme et d’autres trucs super chelou qui classe définitivement ce disque parmi les plus étranges qui soient. Hachetague la drogue.

Jump Sturdy , morceau suivant, est une sorte de relecture de Hit the road Jack. Mais sous acides. Le Docteur chante à l’agonie, les percussions fusionnent, les choeurs sont inarrêtables.

"Walk thru the fire

Fly thru the smoke

See my enemy

At the end of dey rope"

Gris-gris se termine par un emblème qui aura influencé au moins 25000 disques mais qui ne seront que des croquis d’enfants de première section de maternelle par rapport à l’original. Prends ça les Rolling Stones. Je les aime pas les Rolling Stones, ils m’ont toujours fait atrocement chier. Et j’ai jamais aimé la gueule de Keith Richards. I walked on Guilded Splinters est vraiment de la musique de zombie issue du bayou. C’est gluant, surdéfoncé et très malsain. Là encore, la stéréo apporte à ce titre tout ce qu’il faut pour rendre la musique étrange et surnaturelle. Meilleur dernier morceau d’album du monde.

Dr John et sa troupe de musicien firent ensuite une tournée intense de plusieurs mois. Intense à tous les niveaux puisque celle-ci s’arrêta soudainement quand les musiciens, arrachés à l’acide, ne savaient vraiment plus où ils étaient. Le Docteur fut même interné un laps de temps pour retrouver ses esprits.

Pour illustrer cette déblatération, je te colle deux extraits youtube : le premier et le dernier morceau de Gris-gris. Au milieu, il se passe plein de trucs géniaux.

Sinon, moi, ça va. Bisous.


Le 1er septembre 2016, par Boog

Dr John

A song for the soul #26

Dr John

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