Toro Y Moi "Yuppie soundtrack"

Label : Carpark


Contexte : un mec, charnière vingtaine/trentaine, matériellement à l’abri grâce à papa, au top d’un point de vue mobile dernière génération qui coûte un smic, torse poil, pantacourt impeccable avec paire de lunettes vissées sur un chapeau hype à souhait, petite sacoche en bandoulière, sirotant un cocktail coloré tendance turquoise avec une paille tout en se trémoussant avec négligence étudiée en compagnie de ses deux copines en bikini/lunettes de soleil au comptoir d’un bar de plage, s’écrit soudain à propos de la musique qui sort des enceintes : "Ah ouais, je connais ça ! C’est de la house espagnole. C’est super sympa comme son." Putain, le "c’est super sympa comme son" est vraiment l’expression la plus définitivement à chier du monde à propos de musique (bon, ok, à égalité avec le "ça joue" à propos d’un groupe à la maîtrise technique irréprochable mais super chiante)...

"Et ouais trouduc’, toi aussi t’es sympa, mais pourquoi tu files pas avec ton porsche cayenne à la salle de sport soigner tes petits muscles artificiels et après passe chez ton esthéticienne te faire une épilation du torse, ça repousse un peu. Et n’oublie pas d’embarquer tes deux copines qui sont réglées sur pilotage automatique niveau balancement chaloupé des hanches au son du rythme, on dirait des faux petits chiens qu’on met sur les plages arrières des voitures et qui remuent tout le temps, perso, ça me fout la gerbe. Tu seras bien aimable, merci."

Toro Y Moi n’est pas du tout espagnol, mais son dernier disque ressemble à un disque des années 80, influencé par les 70’s, avec une production très 90’s et qui sort dans les années 2000. Les années 80, la décennie du plastique. Mais elle n’est pas, la musique de Chaz, en plastique. Et bim, un petit jeu de mot au passage, je suis comme ça, généreux comme un actionnaire avec un autre actionnaire.

Anything in return (chouette titre d’album en passant), est un petit manifeste de musique putassière qui se vend corps et âme au carcan de la musique pop dans son sens le plus largement répandu. Alors oui, c’est très young urban professional et californien dans l’esprit, ça sent l’argent facile, les belles bagnoles et les soirées VIP coke/red bull, mais bizarrement ça me touche. Et ce côté éléctro trés France qui se touche de la fin du millénaire précédent au niveau de certaines sonorités colle parfaitement à l’ensemble des 13 titres du 3ème album de Chaz Bundick (chelou comme nom de famille). Et puis il s’est débarrassé d’un certaine tendance au surdosage qu’on pouvait lui reprocher sur ces albums précédents, bons tout de même au demeurant.

L’album, amèrement ensoleillé et sensuel à souhait, s’impose d’emblée et sa bonne impression ne s’amenuise pas au fil des écoutes. C’est effectivement, comme le disait le mec du début assez house en général mais la qualité des mélodies, de la production et des idées saugrenues d’arrangement en font un parfait disque pop. Chose étrange, je pense souvent à Robert Wyatt quand j’entends la voix de Toro Y Moi sur Anything in return .

Ca sort chez Carpark, ça brille, c’est potentiellement tubesque, assurément blackberrysable et c’est chaudement recommandable si on aime la chantilly.


Le 23 janvier 2013, par Boog

Toro Y Moi

Yuppie soundtrack

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